République centrafricaine : La guerre oubliée au cœur de l’Afrique

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12/03/2018 Louvain – Le bilan de la situation en République centrafricaine, après cinq années de guerre et de violence, est profondément affligeant. Dans le cadre de la 37ème session ordinaire de la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève, Mgr. Juan José Aguirre-Muñoz, évêque de Bangassou, a décrit le pays comme un « État défaillant ».  Depuis l’arrivée du groupe fondamentaliste Seleka en 2013, la République centrafricaine est « sans armée, sans police, sans système judiciaire ». L’absence totale de l’État se manifeste, par exemple, par l’absence totale de réaction de l’État face à la menace constante d’une attaque contre la ville dont il est évêque depuis 17 ans : Bangassou, dans le sud-est du pays.

Mgr. Aguirre a été invité à Genève, mercredi 7 mars, par la Fondation internationale « Aide à l’Église en Détresse » pour prendre la parole à l’occasion d’un débat portant sur les minorités religieuses dans les conflits armés au Proche-Orient et en Afrique.  Dans son intervention, le prélat espagnol, âgé de 63 ans, travaillant depuis 38 ans en tant que missionnaire en République centrafricaine, a plaidé pour plus de « contrôle et de sécurité aux frontières », à travers lesquelles passent ces temps-ci « toutes sortes de criminels qui pillent, détruisent et dévastent » le pays « aux mains des mercenaires ». Il a également appelé à une intervention contre la vente d’armes.

L’origine de la crise est économique

La République centrafricaine bat le triste record d’être le dernier pays au monde dans l’indice de développement humain des Nations Unies. La liste des calamités est longue. « Les gens sont fatigués, abandonnés et livrés à eux-mêmes. Des quartiers entiers ont été rasés parce que les mercenaires musulmans ont utilisé le feu comme arme de guerre. Il y a près d’un million de personnes déplacées ou réfugiées au Congo. Plus de la moitié de la population a besoin d’aide alimentaire. La mortalité infantile a considérablement augmenté à cause de la guerre et de la violence. Le système éducatif ne fonctionne plus depuis des années. Le système de santé est inexistant. Notre salle d’opération, dans le nord du diocèse, a été détruite, de même que la mission. Il ne reste plus que les fondations ». Devant ces difficultés écrasantes, Monseigneur Aguirre a lancé un appel à la Fondation Aide à l’Église en Détresse : « Nous avons besoin de vos prières pour que le Seigneur nous aide à discerner le chemin que nous devons prendre, et que nous puissions sortir du guêpier dans lequel nous sommes ».

La guerre oubliée au cœur de l’Afrique

En outre, le missionnaire combonien demande à tous les acteurs des médias de communication, d’informer sur « la guerre oubliée au cœur de l’Afrique ». Il demande même quelque chose de plus : « S’il vous plaît, appropriez-vous cette guerre oubliée ». En même temps, Monseigneur Aguirre refuse que cette guerre soit présentée comme une « crise religieuse », parce que ceux qui l’ont vécue depuis le début savent que c’est le résultat d’un « problème purement économique, mais avec des conséquences religieuses ». Le prélat souligne en outre que « l’extraction des diamants, de l’or, de l’uranium et du pétrole, le commerce du bois et le thème complexe de la transhumance sont les véritables raisons de nos disputes ». Il soupçonne des « groupes d’intérêts » d’être derrière la grande manipulation de l’information et fait le triste constat qu’il y a des intérêts commerciaux qui profitent réellement de la crise.

Situation critique pour le dialogue interreligieux

Le plus dur et le plus triste pour Mgr. Aguirre est la situation dans laquelle se trouve le dialogue interreligieux en ce moment : « Malgré les nombreux efforts que les responsables religieux chrétiens et musulmans ont déployés dans tout le pays, la réalité d’aujourd’hui est très critique. » Non seulement parce que les responsables religieux eux-mêmes ont été attaqués ou menacés, mais aussi parce que « la haine augmente entre les groupes musulmans et non-musulmans, et qu’il y a des réactions d’intolérance religieuse des deux côtés ».

Parlant de la situation difficile vécue par ses prêtres, qui ont accueilli des centaines de musulmans pendant des mois sur les terrains de la cathédrale, mettant ainsi en danger leur propre vie alors qu’ils tentaient une médiation avec les groupes exaltés et violents dits « Antibalaka », Mgr. Aguirre a commenté : « Nous avons tendu la main à ceux qui nous agressent, parce que c’est ce que fait l’Église ». Et il reconnaît tristement : « au milieu de tant de violence, nous avons eu à enterrer beaucoup de monde, de diverses religions ; et c’est finalement là, dans la fosse commune, qu’ils ont enfin été réunis. En paix ».

Malgré tout, Monseigneur Aguirre est convaincu que la seule solution est « de continuer à travailler pour la réconciliation, la justice, la paix et le pardon, afin de désarmer les cœurs ».

L’Aide à l’Église en Détresse accompagne le peuple de République centrafricaine depuis le début de la crise. En 2017, la Fondation Pontificale Aide à l’Église en Détresse a soutenu 30 projets d’aide à la pastorale du pays, pour plus de 620.000 euros.

Par Maria Lozano

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