Damas : Les chrétiens vivent dans l’angoisse de la mort

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Père Andrzej Halemba

13/03/2018 Louvain – L’offensive militaire qui se déroule actuellement en Syrie touche non seulement les habitants de la Ghouta orientale, mais aussi ceux de Damas, qui est toute proche. Les tirs de mortiers sur la capitale se poursuivent. Le quartier chrétien à la lisière orientale de la ville est également touché. Tobias Lehner s’est entretenu avec le Père Andrzej Halemba, responsable des projets au Proche-Orient de la fondation pontificale l’Aide à l’Église en Détresse  au sujet des raisons pour lesquelles les belligérants acceptent sans ciller la mort de la population civile, pourquoi la menace terroriste islamiste s’accroît à nouveau et quelle doit être maintenant l’aide apportée à la population civile.

Quelles sont les informations qui vous parviennent au sujet de la situation dans la Ghouta orientale ?

Père Andrzej Halemba : Chez l’Aide à l’Église en Détresse, nous entretenons des contacts très bons et étroits avec de nombreux évêques à Damas. L’un d’eux est le patriarche Mgr Joseph Absi, primat de l’Église catholique melkite grecque. Par ailleurs, Caritas Syrie est sur place et nous tient au courant.

Les gens dans la Ghouta orientale sont piégés. Ils sont plusieurs milliers ! Ils n’ont presque aucun accès aux denrées alimentaires. Ils n’obtiennent aucun soin médical. De nombreux habitants sont blessés et doivent être opérés. Il n’y a pas de corridors d’évacuation. L’une des raisons pourrait être que les rebelles considèrent la population civile comme un bouclier humain. Et le gouvernement craint que les réfugiés civils ne soient pas les seuls à venir à Damas, mais qu’il y ait aussi des kamikazes qui apporteront encore plus de terreur dans la ville. L’angoisse et l’épouvante règnent partout.

Et tout cela pratiquement au seuil de la capitale syrienne avec plus d’un million d’habitants…

La Ghouta orientale n’est éloignée que de quatre kilomètres du centre de Damas. De là, les rebelles peuvent surveiller la ville. Parmi eux, il y a aussi des troupes proches d’Al-Qaïda. Au sud de Damas, il y a toujours quelques unités de Daech. Il faut donc mettre en lumière non seulement la méthode des troupes gouvernementales, mais aussi le fait que la capitale se trouve dans la ligne de mire des islamistes, avec des attentats au sein de la ville, et des tirs aux mortiers de l’extérieur. Le quartier chrétien de Bab Touma, qui se situe à la lisière orientale de la vieille ville, est aussi sévèrement touché. Les belligérants sont conscients qu’à chaque fois que des enfants sont tués, que des jeunes gens meurent, que des familles sont anéanties et des maisons détruites, ils attirent l’attention publique. Cela fait partie de leurs calculs. Voilà pourquoi ils s’attaquent notamment au quartier chrétien.

Pouvez-vous mieux expliquer la situation ?

La situation est très grave. Les tirs de mortiers continuent sans interruption. Les chrétiens vivent dans l’angoisse de la mort. J’ai récemment parlé à une religieuse. Elle m’a raconté qu’elle et ses consœurs ne pouvaient même plus quitter le centre-ville pour aller dans les quartiers où vivent beaucoup de chrétiens et de réfugiés de la Ghouta orientale. C’est trop dangereux. Des convois qui devaient transporter des aides humanitaires à Damas ont été stoppés. C’est une terrible situation !

Vous disiez qu’il y avait aussi des unités islamistes parmi les groupes rebelles. Les médias européens se concentrent surtout sur les méthodes brutales des troupes gouvernementales. Ce n’est donc que la moitié de la vérité ?

En temps de guerre, la vérité meurt toujours la première. Les deux côtés ont tort. Les deux côtés commettent des crimes. Les deux côtés sont coupables. Les deux côtés ont sacrifié d’innombrables êtres humains. En Syrie, plus d’un million de personnes ont été tués ou blessées au cours des sept dernières années de guerre. Et ces blessures ne concernent pas seulement les corps, mais aussi les âmes. Tant de personnes ont été traumatisées. Il va falloir des décennies pour guérir de ces blessures. Et tous les belligérants sont responsables de cette situation !

Venons-en à l’approvisionnement. L’armistice convenu était tellement fragile que les aides humanitaires n’ont d’abord pas pu percer jusqu’à la population encerclée. En début de semaine, les transports ont enfin réussi à passer. Qu’en savez-vous ?

Il était urgent que la population de la Ghouta orientale soit maintenant approvisionnée en nourriture et aides médicales. Toutefois, il ne faudrait aussi pas oublier les centaines de milliers de déplacés qui ont trouvé refuge à Damas. Beaucoup d’entre eux ont perdu un proche, ils sont très nombreux à avoir été grièvement blessés lors des attaques. Ils ont tous perdu leur avenir. Il tient donc à cœur à l’Aide à l’Église en Détresse que nous prenions ces déplacés en charge. Nous voulons leur apporter un soutien pastoral et financier afin qu’ils puissent par exemple être soignés dans un hôpital. Nous devons montrer notre amour à ces gens qui ont tant souffert !

Quel est le type d’aide que l’Aide à l’Église en Détresse prévoit pour Damas ?

En fait, cela fait longtemps que nous sommes actifs dans cette région. Globalement, nous avons accordé plus de 21 millions d’euros d’aide d’urgence depuis le début de la guerre. Déjà aujourd’hui, nous aidons des familles chrétiennes avec des dons de nourriture, de vêtements et de médicaments. En outre, nous essayons de mettre sur pied un accompagnement pastoral et thérapeutique pour ces personnes traumatisées. C’est très important. Nous encourageons le travail des communautés de vie consacrée – car ces communautés sont essentielles pour l’aide d’urgence. Nous recherchons des possibilités de logement pour les familles de réfugiés. Un accent particulier à Damas est mis sur l’aide aux gens qui ont perdu un proche ou qui ont été blessés et ont besoin d’être opérés. Même dans une ville comme Damas, il y a des zones qui sont d’accès difficile ou ont été négligées. Ce sont les habitants de ces zones dont nous devons nous occuper. Nous encourageons nos partenaires de projet à aider toutes les personnes qui s’adressent à eux.

Sous beaucoup d’aspects, la situation dans la Ghouta orientale et à Damas ressemble à celle qui régnait lors des combats autour d’Alep en 2016. À Alep, les Églises étaient souvent les seules interlocutrices de la population en détresse – pour les chrétiens, mais aussi pour de nombreux musulmans. Qu’en est-il à Damas ?

En tant qu’œuvre de bienfaisance catholique, l’Aide à l’Église en Détresse s’occupe de toutes les personnes qui sont victimes de cette guerre et en détresse. Voilà pourquoi nous travaillons aussi étroitement avec d’autres organisations à Damas. Nous pouvons donc nous baser sur des réseaux existants. Notre aide n’exclut personne. Évidemment, c’est aussi valable pour les musulmans, qui souffrent autant de la guerre que les chrétiens. L’amour chrétien du prochain est sans limites et ne pose aucune question au sujet de l’appartenance religieuse. Le visage de tout être humain qui souffre laisse entrevoir la face de Jésus-Christ. Cette face meurtrie nous regarde à travers les yeux des gens de la Ghouta orientale et de Damas, et nous demande quelle réponse nous apportons à cette indicible souffrance !

Par Tobias Lehner

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