Le synode sur l’Amazonie: « Nous devons passer d’une “Église qui visite” à une “Église qui demeure”. »

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24/09/2019 Leuven – Le synode des évêques pour la région panamazonienne, qui se tiendra du 6 au 27 octobre prochain, a attiré l’attention des fidèles catholiques, mais aussi du reste du monde. Au programme : la défense de notre Maison commune, la protection des peuples autochtones et des populations riveraines et les nouvelles voies pour le ministère sacerdotal. Mgr Sebastião Bandeira est l’évêque de Coroatá dans l’État de Maranhão, dans le Nord-Est du Brésil. Né dans la région d’Amazônia Legal, il y a passé la majeure partie de sa vie. Mgr Sebastião s’est rendu récemment dans les locaux de l’AED, la fondation pontificale, où il a évoqué la situation des fidèles de son diocèse et les attentes vis-à-vis du prochain Synode. Il a été interviewé par Rodrigo Arantes.

AED : L’Amazonie est une région clé, non seulement pour tous ceux et celles qui y vivent, mais aussi pour le reste du monde. Quelles sont les attentes vis-à-vis de ce synode, qui est un évènement essentiel pour les populations de la région, mais aussi pour l’ensemble de la planète, puisque son équilibre naturel dépend en quelque sorte de l’Amazonie ?

Mgr Sebastião : Si le synode se rassemble pour se pencher sur la situation d’une certaine région, à savoir l’Amazonie, et les problématiques qui y sont liées, les décisions qui y seront prises auront très certainement un impact sur l’ensemble de l’Église et du monde. Le pape François a choisi le thème : « De nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale ». En tant qu’Église, nous devons donc profiter de ce moment privilégié que nous vivons avec le pape François, qui a fait preuve de beaucoup de courage et d’ouverture face aux problèmes de l’Amazonie et qui attache beaucoup d’importance à la situation de l’Église dans cette région. Nous devons chercher ces nouveaux chemins pour rendre plus pérenne notre travail d’évangélisation.

Qu’en est-il de l’autre volet, celui d’une écologie intégrale ?

Il s’agit là d’un appel au monde entier. Nous devons veiller sur les peuples amazoniens. Ainsi, par exemple, au Maranhão, nous avons une population indigène de taille moyenne, mais nous avons aussi un nombre important de quilombolas (des communautés rurales composées des descendants d’esclaves), qui font partie intégrante de la réalité démographique de Maranhão et de l’Église dans toute l’Amazonie. Nous voulons prendre soin de ces personnes et de l’environnement et, surtout, nous cherchons de nouveaux moyens pour que l’Église joue son rôle dans ce moment décisif que nous vivons.

Vous évoquez de nouveaux chemins et une évangélisation plus pérenne. Nous savons que beaucoup de paroisses en Amazonie ne reçoivent la visite d’un prêtre qu’une ou deux fois par an en raison des grandes distances et de la pénurie de prêtres. Quelles sont les attentes de ces populations, à savoir par exemple des communautés riveraines ou autochtones, vis-à-vis du synode ?

En premier lieu, l’Église en Amazonie a joué un rôle clé, grâce aux missionnaires qui ont laissé leur empreinte sur l’ensemble de la région, tant sur le plan religieux que culturel. Ces véritables héros ont consacré leur vie à la promotion d’un développement intégral et à l’évangélisation dans des contrées aussi lointaines. De plus, la religiosité populaire est très marquée en Amazonie, notamment parce que beaucoup de gens du nord-est ont déménagé en Amazonie, emportant avec eux leur religiosité populaire. Ce sentiment religieux a également été une forme de résistance vis-à-vis des assauts des sectes protestantes. D’autre part, nous savons que l’Amazonie a besoin d’une Église avec un visage qui lui est propre. Et comme le souligne le document préparatoire du synode, nous devons passer d’une “Église qui visite à une Église qui demeure”. Cette présence durable de l’Église ne sera possible que lorsque nous aurons des personnes, des ministères qui sont là quotidiennement afin que tout un chacun puisse sentir qu’il fait partie intégrante de l’Église et participer plus durablement à la vie de l’Église. Je pense que la question des ministères fera l’objet de nombreuses discussions parce que c’est vraiment la principale préoccupation : comment maintenir une présence institutionnelle dans un contexte aussi isolé et complexe que l’Amazonie.

Vous évoquez la question des ministères. Pensez-vous que l’Église pourra rendre plus pérenne son évangélisation auprès de ces populations ?

Dans beaucoup d’endroits, nos communautés sont menacées de disparition, car les effectifs sont trop peu importants. Beaucoup de missionnaires sont fatigués et découragés ; nous devons donc répondre à cette situation afin que l’Église continue à vivre et à être active dans cette région très difficile qui a ses spécificités. Dans beaucoup d’autres endroits du monde où la situation est différente, on s’est penché sur ce ministère fondamental afin que l’Eucharistie, qui est le sacrement par excellence, puisse être reçue et renforcer nos communautés. Le pape François ne cesse de souligner ces difficultés, qui posent sans nul doute un défi majeur, dans l’espoir que nous y trouvions une réponse adaptée afin que l’Église continue de prospérer et d’agir pour poursuivre la mission de Jésus-Christ comme Église prophétique qui laisse sa marque dans le monde et joue le rôle de serviteur, même si elle fait parfois l’objet de persécutions. C’est que même si l’Église fait face à beaucoup de défis, le plus important est qu’elle poursuive sa mission en ce monde. C’est à nous, pasteurs, que cette tâche a été confiée. Nous ne devons en aucun cas la négliger.

En ce qui concerne la réponse aux difficultés, l’Amazonie a occupé une place de choix dans le cœur de l’AED depuis les années 1970, lorsque notre œuvre a envoyé 320 anciens camions de l’armée, ce qui a constitué un moment clé pour la « mobilisation de l’Évangile » dans la région. Quelles solutions envisagez-vous pour redonner un nouvel élan à l’Évangile dans la région de l’Amazonie ?

Je souhaiterais dans un premier temps exprimer toute ma gratitude à l’AED, qui a toujours aidé nos églises locales, y compris mon diocèse de Coroatá, dans l’État de Maranhão. L’aide de votre fondation est une bénédiction qui nous a permis de construire des églises et d’acheter des véhicules pour apporter l’Évangile à tant de communautés isolées dans le besoin. Nos sœurs religieuses ont elles aussi reçu beaucoup de soutien.

Pour répondre à votre question, ce que je constate, c’est que rien n’est plus important que d’investir dans la formation des responsables à l’échelle locale. C’est pourquoi nous travaillons à améliorer leur formation et à accroître les effectifs, car ce sont eux qui transformeront notre société. Bien sûr, je suis également persuadé des bienfaits des medias sociaux puisqu’ils permettent très certainement de toucher beaucoup de régions auxquelles nous ne pouvons accéder. Chacun sait que les paroisses d’Amazonie sont très dispersées. C’est pourquoi l’idée des communautés ecclésiales missionnaires formulée par les responsables de l’Église au Brésil est à mon sens très pertinente. Conclusion : nous devons former des communautés qui, illuminées par la foi, deviendront des communautés d’évangélisation qui porteront le témoignage enthousiaste de l’Évangile de Jésus-Christ. C’est pourquoi je suis empli d’espoir, car le travail préparatoire du Synode est déjà une grande victoire en soi. Jamais auparavant on n’avait accordé autant d’attention à un synode, un synode qui offre la possibilité de s’ouvrir aux gens ordinaires, aux communautés autochtones, aux quilombolas, aux jeunes, aux pêcheurs et à tous ceux vivant aux périphéries. Il en ressortira incontestablement beaucoup de choses, car l’Esprit est présent dans l’Église et que lorsque l’Église se rassemble, c’est toujours dans l’optique d’emprunter de nouvelles voies et de répondre à de nouveaux défis à la lumière de la Parole de Dieu.

Par Rodrigo Arantes

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