Syrie – « Nous vivons une école de la foi »

FacebookTwitterGoogle+

Récemment, le Patriarche Grégoire III Laham s’est rendu au siège social de l’œuvre internationale de bienfaisance catholique Aide à l’Église en Détresse à Königstein, en Allemagne. Il  a alors évoqué ses rencontres avec des personnes ayant tout perdu.

Par Eva-Maria Kolmann, AED International,

Lorsque le Patriarche Grégoire III se déplace tard le soir dans les rues de Damas, les gens se demandent : « N’a-t-il donc pas peur ? » Mais à 81 ans, le primat de l’Église grecque-catholique melkite se rend infatigablement auprès de personnes qui ont perdu des parents proches à cause de la guerre et de la terreur. Il entre dans les maisons des familles, les console, prie avec elles et tente de les aider. Ce faisant, il écoute d’innombrables histoires tragiques, mais aussi empreintes d’une profonde foi. Le primat a partagé quelques-unes de ces histoires avec l’œuvre internationale de bienfaisance catholique Aide à l’Église en Détresse (AED).

« Maintenant, je vis véritablement mon christianisme »150806 syria_gregorios III

« Une fois, un père et sa fille ont été tués le même jour à Damas. Des fidèles ont créé une image en leur mémoire, elle m’a beaucoup impressionné. En bas, cette image les montrait sur la Terre, sous l’apparence qu’ils avaient durant leur vie terrestre et dans la partie supérieure de l’image, il y avait Jésus et de nombreux anges. C’est là aussi qu’on peut voir ce père et sa fille au Ciel, après leur transfiguration. La foi est tellement grande, on perçoit une véritable transfiguration, et les gens disent : ‘Ici-bas, sur terre, nous souffrons, et nous sommes parfois désespérés, mais là-haut au Ciel, nous sommes d’autres êtres’. Ici, chez nos gens en Syrie, nous vivons une école de la foi », raconte le patriarche avec émotion.

Il a souvent été témoin de cette transfiguration interne. Une fois, il lui a fallu informer une mère que son fils kidnappé avait été assassiné. Il ne savait pas comment lui remettre cette nouvelle. En arrivant dans la maison de la famille, il a prié un Notre-Père avec toutes les personnes réunies. Après avoir prononcé « Que ta volonté soit faite », il s’est tu. La mère a immédiatement compris ce qui s’était passé. Elle a embrassé le patriarche. « J’ai pu lui transmettre la nouvelle d’une manière spirituelle et pour elle, ma présence était synonyme de présence de l’Église, de la foi. Dans cette lumière, ce moment a été transformé. » Un homme qui, en un seul jour, a perdu sa femme, ses trois enfants et son père, a dit au patriarche : « J’ai tout perdu, je suis seul, mais Dieu est à mes côtés. Maintenant, je vis véritablement mon christianisme ! » Dans ce genre de situation, les fidèles ressentent vraiment l’Église comme étant leur famille. Le Patriarche se souvient notamment très vivement de la grande procession du lundi de Pâques. alors que 250 scouts faisaient de la musique. De plus en plus de gens sont sortis sur leur balcon ou descendus dans la rue pour se joindre à la procession, des enfants sont arrivés en courant pour recevoir la bénédiction du patriarche, et même des femmes musulmanes voilées ont embrassé sa croix. Sur le chemin du retour, à une distance d’environ 50 mètres, une roquette s’est abattue sur un toit, déclenchant une panique. Quelques hommes ont voulu emmener le patriarche en voiture pour le mettre à l’abri, mais il a refusé. Avec ses ornements liturgiques et son bâton pastoral, il est resté auprès des gens. Comme par miracle, la roquette n’a causé que peu de dégâts.

Grégoire III a expliqué aux fidèles pourquoi de telles choses survenaient parfois : « Lorsqu’il ne se passe rien, nous l’attribuons souvent à notre propre force et nous ne pensons pas à Dieu. Si cette roquette avait maintenant causé des dégâts durant la procession, les gens auraient peut-être accusé Dieu d’avoir permis que cela arrive, mais ils auraient très certainement au moins reproché aux prêtres et au Patriarche d’avoir même autorisé la procession. Mais ainsi, le danger était réel et des centaines de personnes l’ont vu, mais nous nous trouvions sous la protection de Dieu. Jour après jour, nous sommes entre les mains de Dieu. Le danger est réel, mais nous sommes protégés. Je pourrais encore raconter tant d’histoires ! »

150806 syria_prayer

Dieu est avec nous, même dans les moments difficiles

Plein de conviction, le Patriarche a poursuivi : « Tous les jours, nous sommes témoins de miracles ». Un jour, il a rendu visite à une famille dont la maison avait été fortement endommagée sur tout un pan de mur par une roquette. Toutefois, l’effigie de la Madone, qui était accrochée à ce mur, était restée intacte. « J’ai expliqué à ces gens que ce n’est pas arrivé parce que Marie est aussi égoïste de ne protéger que sa propre effigie, mais que c’est arrivé pour montrer que la mère de Dieu reste aussi à nos côtés en ces temps tellement difficiles. »

Malgré toute la souffrance et malgré tout le mal qui est fait aux gens en Syrie, le Patriarche Grégoire III ne veut pas entendre le mot  « ennemi » : « On peut dire que quelqu’un est un meurtrier. Objectivement, c’est le cas quand un homme a tué un autre homme. En le faisant, il t’a fait mal. Mais si tu parles ‘d’ennemis’, cela concerne beaucoup plus ta vie intérieure même. C’est alors quelque chose qui se situe plus en toi qu’en lui ». Le Patriarche va même plus loin encore en disant : « L’État islamique et les bandits sont des gens qui ont besoin de notre amour. Je les exhorte à s’engager sur le chemin de la résurrection avec nous ! »

Le Patriarche Grégoire  III Laham

Le Patriarche Grégoire
III Laham

Cependant, ce sont justement les terribles nouvelles venues d’Irak qui sèment la peur et la terreur auprès de la population en Syrie. De plus en plus de gens s’enfuient à l’étranger. « La guerre a fait fuir beaucoup de personnes. À peu près la moitié de la population est en fuite. Mais les événements en Irak étaient un choc qui augmente davantage cette vague de départs. Les gens ont peur de l’avancée de la terreur. D’un autre côté, il y a aussi beaucoup de personnes qui veulent rester et qui reconstruisent la vie. Les églises sont pleines de fidèles, il y a des activités pour la jeunesse, des processions, des cérémonies, les enfants vont à l’école. » Pour le patriarche même, il est impensable de partir : « Nous autres bergers restons auprès de la population pour mourir pour elle et avec elle. Nous restons pour que ces gens puissent avoir une vie. »

Même la nuit, le Patriarche n’arrête pas son téléphone qui est ouvert 24 heures sur 24, de jour comme de nuit pour que ceux qui ont besoin de son aide puissent le joindre. Dès qu’il arrive quelque chose quelque part, on l’appelle afin qu’il se mette en relation avec les autorités ou apporte autrement son soutien. Mais certaines personnes qui sont désespérées et endeuillées recherchent simplement la consolation auprès de lui et lui demandent de prier pour elles. « Nous devons poursuivre dans cette voie. Les gens ont confiance en nous. Nous devons être là et montrer que nous sommes dignes de cette confiance. Nous devons poursuivre notre service d’amour et de dévouement. Mais la tragédie est plus grande que nous. Dieu soit loué, l’AED est un immense soutien pour nous. »

Depuis le début de la guerre civile en mars 2011, l’AED a soutenu en Syrie des projets d’aide pastorale et humanitaire en allouant des fonds d’une valeur de 6,9 millions d’euros. Jusqu’à aujourd’hui, malgré les conditions les plus difficiles, les partenaires religieux des projets de l’AED persévèrent fidèlement auprès de leur troupeau. En sus d’initiatives en Syrie même, l’AED a également soutenu les pays voisins, comme le Liban, des projets propres à porter assistance à la population des réfugiés syriens.

 

Ensemble, avec vous, nous aidons ceux qui sont dans le besoin. Grâce à vous, l’Aide à l’Église en Détresse apporte un soutien aux fidèles partout où ils sont persécutés, opprimés ou en détresse, à travers des informations, des prières et des actions.

Vous pouvez nous soutenir par :

  • un don pour un projet pastoral au numéro de compte :
    • Belgique : IBAN : BE25 1960 0933 4182 et BIC : CREGBEBB (Aide à l’Église en Détresse a.s.b.l. – sans attestation fiscale). En vertu de la loi Belge, les projets pastoraux ne sont pas admissibles à l’octroi d’une attestation fiscale.
    • Luxembourg : IBAN : LU66 1111 0261 9404 0000 et BIC : CCPLLULL

  • un don pour un projet social au numéro de compte IBAN : BE72 1960 1357 6116 et BIC : CREGBEBB (Aide et Espoir a.s.b.l. – avec attestation fiscale à partir de € 40,00). Ceux qui, au cours de l’année, ont fait un don de € 40,00 ou plus pour un projet social, reçoivent automatiquement une attestation fiscale l’année qui suit.

Merci pour votre soutien !

Commentaires :

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pontical Foundation