Syrie – « Les fruits de votre amour nous consolent »

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Malgré le cessez-le-feu, la vie des chrétiens d’Alep reste compliquée – « L’Aide à l’Église en Détresse » soutient à présent un projet destiné à améliorer le quotidien de la population

Par Oliver Maksan

160405 syria_bombingEn mars, le conflit en Syrie est entré dans sa sixième année. Pour la première fois, le cessez-le-feu et les négociations de Genève entre les belligérants laissent poindre un espoir ténu que la mort de centaines de milliers de personnes pourrait peut-être avoir une fin. Toutefois, il n’y a pas de véritable sécurité ni de paix pour la population, par exemple celle de la ville d’Alep, théâtre de violents combats. Le Père Ibrahim, un Franciscain qui y travaille dans la paroisse catholique romaine, en a récemment parlé dans un entretien avec l’Aide à l’Église en Détresse. « Même si l’on parle beaucoup du cessez-le feu actuellement, le bombardement des parties d’Alep sous contrôle de l’armée régulière a recommencé dernièrement. Ce sont exactement les quartiers où vivent les chrétiens. » Mais le Père Ibrahim ne perd pas courage. « Remercions le Seigneur des choses positives qui surviennent, et espérons que le cessez-le-feu, respecté par au moins une partie des milices et des groupes armés, puisse persister. »

Les familles vivent dans les circonstances les plus pénibles

160405 syria_missilesMais même si les armes se taisaient complètement, le quotidien de la population en resterait très difficile. « La situation de nos familles à Alep s’explique simplement. Parmi toutes les familles dans des villes de Syrie, celles d’Alep vivent dans les circonstances les plus pénibles », explique le Franciscain, et continue en avançant le calcul suivant : « Selon un recensement récent, chaque famille d’Alep a besoin de 17 000 livres syriennes. C’est le strict minimum pour payer l’essentiel, donc l’électricité, l’eau et le gaz. » Mais même cela n’est pas accessible à tous les habitants. « Sur nos 600 familles, plus de 250 vivent dans la pauvreté absolue, avec des revenus mensuels inférieurs à 25 000 livres syriennes. » Selon le Père Ibrahim, cela signifie qu’elles sont incapables d’acheter suffisamment de nourriture comme l’exigerait la dignité de tout être humain. Dans de nombreux cas, les conséquences sont catastrophiques. « Ces derniers temps, quinze de nos paroissiens ont dû être hospitalisés pour obtenir la transfusion de plusieurs litres de sang, parce qu’ils étaient en danger de mort à cause de la malnutrition et de ses conséquences. »

Le Père Ibrahim assure que peu de gens échappent à la détresse. « Selon nos données, parmi les 600 familles de notre communauté latine, il n’y en a que cinq qui sont vraiment  fortunées, tandis que les autres vivent à la limite de la pauvreté. Quant à ceux qui étaient aisés jadis, la plupart d’entre eux se sont appauvris durant les cinq années de guerre et demandent maintenant ouvertement de l’aide. » Les années de détresse ont laissé des traces profondes. « C’est impressionnant de voir des gens qui étaient des industriels et bénéficiaient de revenus à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars, et qui sont maintenant frappés par la pauvreté. Ils ont perdu leurs bureaux et leurs entreprises avec toutes les machines. Il ne leur reste plus que leurs dettes auprès des banques, qu’ils ne peuvent pas régler. »

La pénurie d’électricité

160405 syria_powerD’autres problèmes d’approvisionnement viennent s’ajouter à la malnutrition. « L’électricité compte parmi nos problèmes majeurs. Les maisons ne sont alimentées en courant que grâce aux groupes électrogènes d’entreprises privées, qui vendent les ‘ampères’ à des prix prohibitifs », déplore-t-il. « Il faut au moins deux ampères à une famille ou une personne seule pour faire fonctionner ne serait-ce que deux ou trois lampes ou une télévision ou une radio. Deux ampères ne suffisent même pas pour faire tourner un lave-linge ou une pompe, au cas exceptionnel où il y aurait de l’eau. Deux ampères correspondent à la consommation minimum d’un pauvre ou d’une famille pauvre. » Lorsque la quantité est inférieure, assure le Père Ibrahim, on reste dans l’obscurité. « Nous avons fréquemment observé que cette situation a généré de nombreux troubles psychologiques et le désespoir de beaucoup de gens. »

Le déficit d’électricité touche particulièrement les familles avec des enfants. « Une famille avec des enfants en âge scolaire, dans le primaire, le secondaire ou à l’université, ne peut pas vivre sans électricité, puisqu’ils ne peuvent pas faire leurs devoirs ou étudier. Voilà pourquoi nous avons pensé aider les familles pauvres qui sont restées ici, parce qu’elles sont attachées à leur pays ou parce que, par manque d’argent, elles n’ont pas la possibilité de fuir. Nous voulons les aider à vivre dignement. » Pour cela, le Père Ibrahim a créé le « Projet deux ampères pour chaque famille ». « C’est notre contribution pour financer les dépenses minimales d’une famille. C’est une aide qui a aussi une valeur psychologique et qui exprime la solidarité. » Grâce aux dons provenant de différents pays, l’AED a soutenu le projet pour les chrétiens d’Alep.

Dès à présent, le Père Ibrahim est reconnaissant aux bienfaiteurs de l’Aide à l’Église en Détresse : « Même si les attaques aux tirs de roquettes nous effraient, rendent nos cœurs lourds et tristes, les fruits de votre amour nous consolent malgré tout. Au nom des chrétiens d’Alep, et particulièrement au nom de la paroisse latine et des Franciscains d’Alep, je vous transmets nos meilleurs vœux pour une sainte voie de la conversion au Père riche en miséricorde. »

Ensemble, avec vous, nous aidons ceux qui sont dans le besoin. Grâce à vous, l’Aide à l’Église en Détresse apporte un soutien aux fidèles partout où ils sont persécutés, opprimés ou en détresse, à travers des informations, des prières et des actions.

Vous pouvez nous soutenir par :

  • un don pour un projet pastoral au numéro de compte :
    • Belgique : IBAN : BE25 1960 0933 4182 et BIC : CREGBEBB (Aide à l’Église en Détresse a.s.b.l. – sans attestation fiscale). En vertu de la loi Belge, les projets pastoraux ne sont pas admissibles à l’octroi d’une attestation fiscale.
    • Luxembourg : IBAN : LU66 1111 0261 9404 0000 et BIC : CCPLLULL

  • un don pour un projet social au numéro de compte IBAN : BE72 1960 1357 6116 et BIC : CREGBEBB (Aide et Espoir a.s.b.l. – avec attestation fiscale à partir de € 40,00). Ceux qui, au cours de l’année, ont fait un don de € 40,00 ou plus pour un projet social, reçoivent automatiquement une attestation fiscale l’année qui suit.

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