« Nous nous identifions plus au Vendredi saint qu’à Pâques »

FacebookTwitterGoogle+

À Jérusalem, la grande procession du dimanche des Rameaux a entamé la semaine Sainte – mais la situation politique laisse des traces

Par Oliver Maksan

Le dimanche des Rameaux, Jérusalem appartient aux chrétiens. En chantant et en priant, un rameau de palmier ou d’olivier à la main, des milliers d’habitants de Jérusalem et des visiteurs venus du monde entier descendent du Mont des Oliviers pour se rendre dans la Vieille Ville de Jérusalem et recevoir la bénédiction du Patriarche latin. Au grand dépit des automobilistes, la police israélienne bloque la circulation afin que la procession longue de plusieurs kilomètres puisse défiler sans encombre. Dans le quartier chrétien de la Vieille Ville et aux alentours, la fête durera encore longtemps après la procession du dimanche des Rameaux. La circulation des tramways a également dû être interrompue provisoirement pour la parade des groupes de scouts chrétiens avec leurs cornemuses. C’est ainsi que les chrétiens palestiniens – autant en Israël qu’en Palestine, ils ne sont qu’une petite minorité – veulent célébrer l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, mais aussi montrer aux juifs et aux musulmans : Nous existons encore – même si en Israël, nous ne représentons qu’à peine 2 % de la population, et en Palestine, encore moins.

Toutefois, la joie est réfrénée cette année. La vague de violence qui ébranle la Terre sainte depuis l’automne a laissé des traces. À cause de cette situation, beaucoup moins de pèlerins étrangers se sont rendus en Terre sainte, et la procession est donc beaucoup plus petite que d’habitude. Un représentant de la police israélienne estime face à « L’Aide à l’Église en détresse » (AED) que le cortège qui, l’année dernière, se composait de 30 000 personnes, n’en compte peut-être même pas la moitié cette année. Mais le plus déterminant, c’est aussi que les chrétiens de Cisjordanie en sont absents.

Moins de pèlerins que l’an dernier

160322 heiligland_processie« L’année dernière, nous sommes venus à Bethléem avec sept cars. Cette année, il n’y en avait que trois », affirme le catholique Johnny, originaire de la ville natale de Jésus-Christ. Contrairement aux années précédentes, aucun chrétien n’est venu de villes de Cisjordanie comme Naplouse ou Jénine. Selon Johnny, c’est parce que les autorités israéliennes n’ont commencé que très tard cette année à délivrer des autorisations d’entrée à Jérusalem. « Nous n’avons appris que vendredi que nous pourrions venir ici dimanche. Pour beaucoup, c’était un délai beaucoup trop court », affirme-t-il face à l’AED. Mais il ajoute que la raison profonde est autre. « Les gens craignent de venir à Jérusalem. Ils ont peur qu’il puisse leur arriver quelque chose. Nous entendons sans cesse parler de Palestiniens qui sont abattus ici. » En effet, depuis l’automne, plus de 180 Palestiniens sont morts en Terre sainte lors d’affrontements avec les forces de l’ordre israéliennes. Mais beaucoup d’entre eux ont également été tués parce qu’ils avaient attaqué des Israéliens, également des civils. Ces actes ont été commis à coups de couteau, de ciseaux ou d’armes à feu. Plus de trente Juifs ont ainsi trouvé la mort. En évoquant leurs morts, les Israéliens les désignent comme des victimes du terrorisme et affirment leur droit à l’autodéfense. Quant aux Palestiniens, la plupart d’entre eux considèrent leurs morts comme des combattants résistants ayant été exécutés par les Israéliens sans jugement préalable. Deux points de vue absolument inconciliables. Mais ainsi, la haine et la méfiance augmentent des deux côtés.

L’Église prône la non-violence et la justice

Père Jamal Khader

Père Jamal Khader

« L’Église s’oppose à toute forme de violence, qu’elle soit exercée par les Palestiniens ou par les soldats israéliens. Cependant, le fait qu’ils portent des uniformes ne justifie pas tous leurs actes. Simultanément, nous sommes pour la justice. Il ne suffit simplement pas de dire : finissons-en avec la violence. Tant que l’injustice régnera, il n’y aura pas de paix », assure le Père Jamal Khader, recteur du séminaire du Patriarcat latin de Beit Jala, une ville voisine de Bethléem. Au vu du plus petit nombre des visiteurs qui se sont rendus cette année à la procession du dimanche des Rameaux, il a affirmé dans un entretien accordé à l’AED qu’il n’en était pas surpris. « Je peux comprendre que les chrétiens palestiniens n’aient pas envie de venir à Jérusalem – et cela, alors que c’est Pâques et que nous la célébrons traditionnellement à Jérusalem. » Selon ce prêtre, tout aurait commencé vers la fin des années 1990 avec les points de contrôle. « Les gens étaient souvent obligés de patienter pendant des heures. Ensuite, ils parvenaient au Mur et attendaient leur permis. Avant, j’allais à Jérusalem pour y manger une glace. Aujourd’hui, j’évite autant que possible de venir ici. Je ne veux pas devoir traverser les points de contrôle. Et plus d’un a ressenti la même chose. » Le Père Khader croit que ce qui importe pour Israël, c’est de décourager les Palestiniens de se rendre à Jérusalem. « L’autorisation d’entrer n’est pas accordée à chacun à l’occasion des grandes fêtes. Parfois, seuls les parents l’obtiennent, mais pas les enfants. Dans ce cas, évidemment, tout le monde reste à la maison. Parfois, chacun obtient une autorisation, mais les gens sont renvoyés quand même pour une raison ou pour une autre. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Jérusalem doit rester une ville ouverte. Elle appartient à tous, aux Juifs, aux chrétiens, aux musulmans. Elle ne pourra jamais être une ville exclusive. Sinon, il n’y aura jamais de paix. »

Le Père Khader dit que la situation politique marque aussi la manière dont les chrétiens palestiniens célèbrent la fête de Pâques. « Nous autres chrétiens de Palestine nous identifions plus avec le Vendredi saint avec la fête de Pâques. En tant que Palestiniens, nous nous sentons très proches des souffrances du Christ. En voyant souffrir Jésus-Christ, nous voyons nos propres souffrances. Les Évangiles de la Passion ne racontent pas seulement l’histoire de Jésus, mais aussi la nôtre. Cela ne signifie pas que nous ne croyons pas à la résurrection et à l’espérance qui lui est rattachée. Mais nous n’en sommes pas encore arrivés à ce point. »

Ensemble, avec vous, nous aidons ceux qui sont dans le besoin. Grâce à vous, l’Aide à l’Église en Détresse apporte un soutien aux fidèles partout où ils sont persécutés, opprimés ou en détresse, à travers des informations, des prières et des actions.

Vous pouvez nous soutenir par :

  • un don pour un projet pastoral au numéro de compte :
    • Belgique : IBAN : BE25 1960 0933 4182 et BIC : CREGBEBB (Aide à l’Église en Détresse a.s.b.l. – sans attestation fiscale). En vertu de la loi Belge, les projets pastoraux ne sont pas admissibles à l’octroi d’une attestation fiscale.
    • Luxembourg : IBAN : LU66 1111 0261 9404 0000 et BIC : CCPLLULL

  • un don pour un projet social au numéro de compte IBAN : BE72 1960 1357 6116 et BIC : CREGBEBB (Aide et Espoir a.s.b.l. – avec attestation fiscale à partir de € 40,00). Ceux qui, au cours de l’année, ont fait un don de € 40,00 ou plus pour un projet social, reçoivent automatiquement une attestation fiscale l’année qui suit.

Merci pour votre soutien !

Commentaires :

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pontical Foundation