Macédoine : L’Église catholique est comme une petite famille

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11/08/2017: Magda Kaczmarek, responsable de la Macédoine auprès de l’œuvre internationale de bienfaisance catholique L’Aide à l’Église en détresse, s’est rendue en juin 2017 dans ce pays d’Europe du sud-est. Dans cette interview, elle narre ses premières impressions glanées dans le seul diocèse romain catholique et l’exarchat grec catholique du pays.

Madame Kaczmarek, vous avez récemment effectué un déplacement professionnel en Macédoine pour L’Aide à l’Église en Détresse. Cette ancienne république de Yougoslavie est un conglomérat d’ethnies.

En effet, la République de Macédoine compte aujourd’hui environ deux millions d’habitants et se compose de groupes ethniques très divers : Les Macédoniens y constituent le groupe le plus important avec 60 % de la population, suivis par les Albanais, les Turcs, les Roms, les Serbes, les Bosniaques et d’autres ethnies.

En raison de la situation instable dans le pays, l’Église catholique de Macédoine et d’autres confessions ont appelé à une prière pour la paix. Quelles sont les raisons de ces troubles ?

Il y a principalement deux raisons majeures. D’une part, la Grèce revendique l’appellation historique de Macédoine. Le litige autour du terme Macédoine a commencé avec la déclaration d’indépendance de l’ancienne république yougoslave de Macédoine en 1991, qui revendiquait le nom de République de Macédoine. Pour cette raison, la Grèce a notamment bloqué l’accès de la Macédoine à l’OTAN et à l’Union européenne. Il s’agit dans tous les cas d’une situation conflictuelle, qui perdure. Vient s’y ajouter le fait que le nombre d’Albanais s’est très fortement accru, notamment en raison des les Albanais venus du Kosovo à cause de la dernière guerre des Balkans. Entre-temps, ils constituent un quart de la population, qui revendique sa propre langue et ses droits.

Ces clivages influencent-ils également la vie religieuse du pays ?

Il se pose la question de voir de combien de tolérance fera preuve le gouvernement récemment constitué par le social-démocrate Zoran Zaev. Parmi les Albanais, il y a aussi des catholiques, et ils tenteront certainement de pratiquer leur foi dans leur langue maternelle. Quant aux musulmans albanais, ils construisent leurs mosquées. Il y a ici un risque de radicalisation particulièrement présente aux Balkans en raison de l’influence de l’Arabie Saoudite. La plus grande colonie d’Albanais de Macédoine se situe à l’extérieur de Skopje, la capitale de la Macédoine, et s’appelle Skopska Crna Gora, « la montagne noire de Skopje ». Elle ressemble à une enclave.

Sainte Mère Teresa est née Albanaise à Skopje, mais les deux peuples la désignent comme leur mère, autant les Macédoniens que les Albanais, exact ?

Oui. Mère Teresa constitue en quelque sorte le trait d’union entre les deux peuples. À Skopje, un monument commémoratif a été construit sous forme de musée doté d’une chapelle. Dans chacun des deux pays, des aéroports, des autoroutes, des centres commerciaux, des hôpitaux et bien entendu de nombreuses paroisses et églises portent le nom de Mère Teresa.

La Macédoine se situe sur la route des Balkans, avez-vous vu des réfugiés ?
Pas vraiment. Il semblerait que quelques-uns vivent encore à la frontière de la Serbie. En Macédoine, on évoque les circonstances chaotiques qui régnaient l’an dernier à la frontière serbe, et les réfugiés qui ont trouvé la mort en Macédoine parce qu’ils étaient à bout de force en y arrivant. L’Église catholique aussi a tenté d’apporter son aide. Pour cela, la paroisse de Radovo a créé une pastorale des migrants et organisé des formations et des séminaires pour les volontaires qui travaillent avec les réfugiés.

Quels sont les autres défis que le pays doit affronter ?

Officiellement, le pays est considéré comme candidat à l’adhésion à l’Union européenne, mais lors de mon voyage je n’ai vu que très peu d’investisseurs étrangers : pas de concessionnaires automobiles, aucun groupe ou supermarché international. À part ça, la corruption semble constituer un grand problème. Selon plusieurs rapports, il sera même possible en certains endroits d’acheter un diplôme sans jamais avoir fait les moindres études. La corruption est également visible à l’échelle des autorités officielles. Mais malheureusement, le problème de la corruption est tout aussi fortement présent dans d’autres pays d’Europe du sud-est. Il va falloir encore beaucoup de temps avant que les gens changent de mentalité et comprennent que la corruption menace la société entière.

L’Église catholique de Macédoine est une toute petite minorité dans ce pays, n’est-ce pas ?

Les deux plus grandes religions du pays sont le christianisme orthodoxe (65 %) et l’islam (33 %). Seul 1 % de la population est catholique, c’est donc vraiment une petite église de la diaspora. Mgr Kiro Stojanov est officiellement l’exarque pour le rite byzantin, son siège se situe à Strumica, et il est simultanément évêque pour le rite latin dont le siège est à Skopje. Au total, 23 prêtres travaillent dans 17 paroisses. Pour moi, l’Église catholique de rite byzantin ressemble toujours à une petite famille. La majorité des prêtres, des religieuses et des croyants sont liés par des liens de parenté. La source des vocations en Macédoine est la ville de Radovo, que j’ai déjà mentionnée, elle compte 45 000 habitants. Une importance particulièrement grande y est accordée à la pastorale des enfants et des adolescents. L’Aide à l’Église en Détresse soutient par exemple leurs camps d’été « Des vacances avec Dieu », auxquels peuvent d’ailleurs participer également des enfants orthodoxes ; cette approche favorise l’œcuménisme.

 Qu’en est-il de l’église romaine catholique ?

Au cours des dernières années, l’église romaine catholique a considérablement rétréci. Il y a peu de temps encore, il n’y avait que deux prêtres romains catholiques dans toute la Macédoine. Ces dernières années, de grandes paroisses ont été abandonnées par les Salésiens à Bitola et par les Jésuites à Ohrid. Les deux communautés religieuses étaient originaires de l’étranger, parce qu’il n’avait pas suffisamment de vocations parmi les autochtones. Généralement, les prêtres vont mal. Il leur est malheureusement impossible de vivre des aumônes des fidèles sur place. L’évêque regrette beaucoup que ces prêtres soient obligés de chercher des moyens financiers à l’étranger pour pouvoir survivre.

À votre avis, quelles sont les principales préoccupations de l’Église locale en Macédoine auxquelles l’Aide à l’Église en Détresse pourrait apporter son soutien ?

Le Père Davor, le jeune curé de la cathédrale, aimerait bien rénover la cathédrale romaine catholique du Sacré-Cœur de Jésus à Skopje. Elle a été construite à l’époque communiste et n’a pas été rénovée depuis des décennies. Le toit fuit. Le Père Davor voudrait bientôt entamer la planification de la rénovation. Par ailleurs, il n’existe pas de littérature religieuse en macédonien, il est donc prévu de traduire le missel et l’épistolier ainsi que le compendium du catéchisme de l’Église catholique. Selon le curé de la cathédrale, le compendium constitue un bon outil d’évangélisation, car les gens sont très ouverts. Nombre d’entre eux ne sont pas baptisés ou n’ont pas pratiqué leur foi, ou alors ils sont en quête de « QUELCHE CHOSE » : « Nous, les prêtres, ne pouvons pas attendre jusqu’à ce que les gens viennent à nous, il nous faut aller vers eux », m’a dit le prêtre croate arrivé de Bosnie il y a deux ans, alors que l’évêque cherchait à l’étranger des prêtres pour le diocèse de Skopje.

Y a-t-il un événement ou une rencontre qui vous ont particulièrement émue ou impressionnée durant ce voyage ?

Oui. Avec l’évêque, nous nous sommes rendus dans la paroisse de Kumanovo. Le jeune prêtre polonais Père Tomasz n’a commencé qu’il y a peu

Par Magda Kaczmarek

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