Centrafrique: C’était presque comme une visite du Pape

FacebookTwitterGoogle+

Son Éminence le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, se rend actuellement dans tous les diocèses de la République Centrafricaine. Sa tournée a commencé la semaine dernière dans le diocèse de Bouar, dans le nord-ouest du pays. Du 22 au 24 février, il s’y est rendu dans la paroisse de Bozoum et la ville de Bocaranga, qui avait été début février le théâtre de violences graves. Le programme de la visite comportait également des entretiens avec des rebelles. Le Père Aurelio Gazzera, prêtre de Bozoum, a accompagné le cardinal. Le 26 février, il s’est entretenu avec l’Aide à l’Église en Détresse au sujet de cette visite.

Aide à l’Église en Détresse : Comment avez-vous vécu la visite du cardinal Nzapalainga dans votre paroisse et votre diocèse ?

 Père Aurelio Gazzera : La visite du cardinal rappelait un peu celle de Sa Sainteté le Pape à Bangui, il y a un an. La joie et les espoirs de la population allant de pair avec cette visite étaient immenses ! Le cardinal a reçu un accueil extraordinaire de la part des gens. Sur les 125 kilomètres que nous avons parcourus avec le cardinal sur son itinéraire entre Bozoum et Bocaranga, il a fallu qu’il s’arrête vraiment dans tous les villages, car les habitants l’attendaient déjà le long de la route, voulaient écouter ses paroles et recevoir sa bénédiction. C’était impressionnant de voir à quel point les gens voulaient vraiment écouter le cardinal. Je crois et je souhaite que cette écoute était pour beaucoup d’entre eux le début d’une nouvelle voie, comme cela a été le cas pour beaucoup de gens lorsqu’ils ont écouté les paroles du Pape lors de son voyage dans notre pays en novembre 2015.

Aide à l’Église en Détresse : Avec le cardinal, vous avez également participé à deux rencontres avec des rebelles anti-balaka. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ?

Père Aurelio Gazzera : Les rebelles étaient armés, certains avec de simples carabines fabriquées avec des tuyaux en métal, d’autres avec des kalachnikovs. Pendant la guerre, les anti-balaka étaient les adversaires de la Seleka. Entre-temps, il s’agit d’un groupe mixte composé d’hommes qui ont pris les armes pour protéger leurs familles et leurs villages, mais auxquels se sont également joints des adolescents voulant tirer profit de cette situation et qui vivent de pillages et d’extorsions. Le cardinal leur a adressé une invitation calme mais ferme de changer leur vie et de ne plus laisser envoûter par les choses matérielles et l’argent, et surtout de ne pas se laisser séduire par ceux les exhortent à aller se battre, et qui ensuite les laissent tomber.

Aide à l’Église en Détresse : Vous avez personnellement beaucoup d’expérience des négociations avec des groupes armés. À plusieurs reprises, pour éviter une effusion de sang et pour protéger la population civile, vous êtes en effet déjà parvenu à convaincre des rebelles de se retirer. Cette fois aussi, vous aviez l’occasion de parler aux rebelles. Que leur avez-vous dit ?

Père Aurelio Gazzera : Je les ai invités à réfléchir sur le fait que quelqu’un qui sème la violence ne pourra lui-même jamais récolter autre chose que la mort. Et qu’aujourd’hui, le moment est arrivé de penser à la reconstruction. Je les ai également invités à réfléchir sur la réalité qu’en vérité, il s’agit des intérêts de personnes sans scrupules, dont ils sont les toutes premières victimes ! Et souvent, lorsqu’ils s’adonnent aux destructions, harcèlent les gens et incendient les maisons, ils ne pensent pas aux conséquences de leurs actes.

Aide à l’Église en Détresse : Croyez-vous que ces rencontres avec les rebelles ont apporté quelque chose ?

Père Aurelio Gazzera : Je trouvais que ces hommes semblaient être généralement très attentifs, et qu’au moins quelques-uns d’entre eux semblaient avoir envie de chercher de nouvelles voies de paix et de changer leur vie. Cela demandera du temps, mais si quelqu’un est prêt à discuter, c’est toujours un grand pas en avant, qui peut contribuer un changement.

Aide à l’Église en Détresse : Bocaranga a récemment été le théâtre de graves exactions. Le voyage pour s’y rendre n’a pas été sans danger …

Père Aurelio Gazzera : Oui, le 2 février dernier, des nomades peuls y avaient tué 21 personnes, blessé quelques douzaines d’autres, incendié le marché et de nombreux commerces, pillé les locaux de plusieurs organisations humanitaires et semé la peur et la terreur. Beaucoup de gens ont pris la fuite. Les Casques bleus n’ont rien entrepris alors qu’ils avaient été informés.

La visite du cardinal était le premier moment de joie et de gaieté après ces terribles événements. Toutefois, s’y rendre représentait un acte très courageux de la part du cardinal. Les forces de l’ordre brillaient par leur absence, et moi-même, j’ai pris les devants pour arriver sur les lieux avant le véhicule du cardinal et pour identifier et éviter d’éventuels problèmes de sécurité. Dieu soit loué, tout s’est bien passé, même si des rebelles armés anti-balaka circulaient dans la ville et qu’il nous a également fallu franchir un barrage de route des rebelles, cinq kilomètres avant d’entrer dans la ville. Cependant, il s’agissait plutôt d’une démonstration de force de leur part que de la volonté de vraiment faire quelque chose de mal.

Aide à l’Église en Détresse : Quel était le principal message du cardinal ?

Père Aurelio Gazzera : Je crois que ses principaux messages étaient ceux-ci : premièrement, « Ayez confiance en Dieu, n’ayez pas peur ! ». C’était d’ailleurs aussi le message de l’Évangile du jour. Ensuite: « Regardez au loin, ne vous limitez pas à vous satisfaire des choses telles qu’elles sont, mais ayez une vision à long terme ! Ceci rendra possible un nouveau pays, une nouvelle vie pour tous ! »

Aide à l’Église en Détresse : Dans un pays qui souffre des conflits armés, d’une extrême pauvreté et de la défaillance totale de l’État, l’Église joue un rôle important. Le cardinal a-t-il également parlé du rôle de l’Église, en particulier celui des prêtres et des religieux ?

Père Aurelio Gazzera : Il y a eu un moment très émouvant, très intense, lorsqu’avec le cardinal, nous avons rencontré à Bocaranga, dans la chapelle des sœurs, environ vingt religieux et religieuses de différents postes de missions. Parmi eux, il y avait de très jeunes novices, des religieuses qui venaient juste de faire leur profession perpétuelle, ainsi que des missionnaires âgés, assurant leur service en République Centrafricaine depuis plus de quarante ans. Surtout durant ces quatre années de guerre, eux tous sont restés à leur place – malgré les menaces, les attaques à main armée, les tentatives d’intimidation ! Le cardinal leur a vivement exprimé la reconnaissance de l’Église et de la population d’être restés sur place en permanence malgré la guerre. Il a également évoqué une anecdote survenue dans une paroisse de Bangui, alors que la guerre y battait son plein. Un homme lui avait dit : « Je suis resté parce que la lumière était allumée dans la maison des sœurs. Et que je savais que si elles restaient ici, je pourrais rester aussi ! ».

Il est vrai que l’Église fait énormément : elle construit des établissements scolaires, des hôpitaux, des églises, des chapelles… Et puis il y a aussi le travail qu’elle effectue en témoignant et en élevant la voix. Mais dans tout ceci, le plus beau, c’est de se trouver aux côtés des gens. D’ouvrir les portes de nos paroisses et de nos postes de missions à tous ceux qui étaient dans la détresse et qui le sont encore. L’évangélisation, c’est cela aussi : cela signifie de rendre concrètement visible la présence et l’amour de Dieu le Père !

Aide à l’Église en Détresse : Votre église paroissiale de Bozoum, où vous avez reçu le cardinal, a pu être rénovée et agrandie l’an dernier grâce au soutien de L’Aide à l’Église en détresse. Quelle importance cette église revêt-elle pour vous et les fidèles ?

Père Aurelio Gazzera : C’était une grande joie pour nous de pouvoir souhaiter la bienvenue au cardinal dans notre « nouvelle » église. Ce rêve a pu devenir réalité pour nous grâce à la générosité des bienfaiteurs de l’Aide à l’Église en Détresse. Mais il m’a aussi été très important que chaque fidèle de notre paroisse puisse contribuer à la construction de l’église, en investissant lui-même un peu de son cœur et de sa foi. Et ils ont été très nombreux à apporter du sable, des pierres, du gravier ou de la nourriture pour y contribuer. Pour une communauté chrétienne, mais pas seulement pour elle, la construction d’une église représente un moment très important ! Il y a même eu beaucoup de gens n’étant pas chrétiens qui souhaitaient apporter une petite contribution ou simplement témoigner à travers un geste de sympathie, et pour nous, c’était très impressionnant et très émouvant.

Nous souhaitions que notre église soit belle – très belle -, car la beauté parle de la dignité. En ce moment, c’est absolument indispensable en République Centrafricaine de redécouvrir la dignité de chaque être humain. La beauté de l’église doit refléter la beauté de Dieu, et donc notre beauté en tant que fidèle. Elle reflète notre christianisme ! Nous sommes très reconnaissants à tous ceux qui nous ont aidés pour que ce miracle devienne réalité !

Par Eva-Maria Kolmann

Ensemble, avec vous, nous aidons ceux qui sont dans le besoin. Grâce à vous, l’Aide à l’Église en Détresse apporte un soutien aux fidèles partout où ils sont persécutés, opprimés ou en détresse, à travers des informations, des prières et des actions.

Vous pouvez nous soutenir par :

  • un don pour un projet pastoral au numéro de compte :
    • Belgique : IBAN : BE25 1960 0933 4182 et BIC : CREGBEBB (Aide à l’Église en Détresse a.s.b.l. – sans attestation fiscale). En vertu de la loi Belge, les projets pastoraux ne sont pas admissibles à l’octroi d’une attestation fiscale.
    • Luxembourg : IBAN : LU66 1111 0261 9404 0000 et BIC : CCPLLULL

  • un don pour un projet social au numéro de compte IBAN : BE72 1960 1357 6116 et BIC : CREGBEBB (Aide et Espoir a.s.b.l. – avec attestation fiscale à partir de € 40,00). Ceux qui, au cours de l’année, ont fait un don de € 40,00 ou plus pour un projet social, reçoivent automatiquement une attestation fiscale l’année qui suit.

Merci pour votre soutien !

Commentaires :

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pontical Foundation