Cameroun : « Nous sommes encore en vie parce que nous étions dans l’église »

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acn-20151104-31658Au nord du Cameroun, des terroristes de Boko Haram ne cessent de perpétrer des attentats-suicides.

La population de Maroua-Mokolo vit dans la peur. En effet, ce diocèse situé dans la région frontalière du Nigéria est sans cesse le théâtre d’attentats perpétrés par Boko Haram. Lorsque l’évêque Mgr Bruno Ateba Edo célèbre la Sainte messe sous un arbre, les fidèles se tiennent souvent par la main et forment une chaîne humaine. Ils veulent ainsi empêcher les kamikazes de rester inaperçus et de se mêler à la foule en prière. Avant la messe, des volontaires contrôlent si les personnes qui souhaitent assister au culte portent sur elles des armes ou des explosifs. Les grands sacs à main sont interdits.

« Beaucoup de ces attentats-suicides sont commis par de très jeunes gens. Il y a à peine un mois, deux jeunes filles se sont fait exploser sur le marché de Mora. Elles n’avaient même pas vingt ans », rapporte l’évêque dans un entretien avec la fondation pontificale l’Aide à l’Église en Détresse. « Les gens vivent dans la peur permanente des attentats. Ils ont déjà développé une psychose. »

Le risque est particulièrement important lors des grandes assemblées de foule. Et pourtant, cela ne dissuade pas les fidèles catholiques de se rassembler pour prier : « La prière est notre force et notre espoir. Nous avons besoin de la prière ! Nous voulons prier ! Surtout la prière au sein de la communauté est un signe d’espoir », affirme Mgr Ateba Edo. Alors qu’en février de cette année, dans la localité de Mémé, deux kamikazes ont entraîné au moins vingt personnes dans la mort en se faisant exploser sur le marché et en ont blessé des douzaines, la prière a même sauvé d’autres gens. « Alors de l’attentat, beaucoup de femmes travaillant sur le marché et d’autres personnes du village venaient juste d’aller à l’église pour participer à la prière du Chemin de croix. Elles disent : ‘Nous sommes encore en vie parce que nous étions dans l’église. Sans le chemin de croix, nous serions mortes.’ »

Mgr Bruno Ateba Edo, évêque du diocèse de Maroua-Mokolo, au Cameroun

Mgr Bruno Ateba Edo, évêque du diocèse
de Maroua-Mokolo, au Cameroun

Mgr Ateba Edo est déçu que les médias internationaux ne tiennent pratiquement jamais compte de la situation dramatique dans son diocèse. « Je souhaiterais que ce qui se passe chez nous, au nord du Cameroun, suscite plus d’attention. Lorsqu’il arrive quelque chose en Europe, cette nouvelle fait immédiatement le tour du monde. C’est comme un tremblement de terre. Mais lorsque des gens meurent ici au Cameroun ou dans d’autres pays africains, ce n’est pas un grand sujet d’intérêt. Certaines personnes pensent probablement que les victimes ne sont ‘que des Africains’, alors qu’on dit tellement souvent que le monde d’aujourd’hui est un village. Les médias doivent exercer une plus grande pression. Ils en ont le pouvoir et la force. Je voudrais dire aux médias : Regardez-y de très près, partout où il arrive quelque chose de grave, et parlez-en ! »

À cette tension due aux attentats terroristes vient s’ajouter un problème humanitaire. En effet, presque 80 000 réfugiés venus du Nigéria vivent dans un immense camp de réfugiés dans le diocèse de Maroua-Mokolo. « Beaucoup de ces gens aimeraient bien retourner dans leurs villages, dans leur pays, mais ils ont besoin de sécurité et d’une perspective ! Beaucoup d’entre eux sont déjà là depuis quatre ou cinq ans, et ne peuvent pas rentrer chez eux », explique l’évêque. La pastorale des réfugiés catholiques est assurée par un prêtre nigérian qui parle leur langue. L’Aide à l’Église en Détresse a apporté un soutien de 14 900 euros à la construction d’une chapelle. L’évêque en est très reconnaissant : « Il y a presque 5 000 catholiques dans ce camp. Tous les dimanches, deux messes y sont maintenant célébrées. Un lieu de prière est un signe important. Merci de nous avoir aidés ! »

Plus de 50 000 Camerounais viennent s’ajouter aux réfugiés nigérians. Ils ont fui des villages situés directement près de la frontière, où la situation est particulièrement dangereuse. La plupart de ces Camerounais ont pu trouver refuge chez des amis, des connaissances ou des proches. Ils ne bénéficient que du soutien de l’Église catholique. L’année dernière, l’Aide à l’Église en Détresse a donc fourni une aide d’urgence de 75 000 euros afin que ces déplacés puissent être pris en charge. En effet, l’évêque lui-même est pauvre. Il vit dans une petite pièce sans salle de bain. Il n’a même pas d’église épiscopale. Sa richesse, ce sont les gens de son diocèse.

Il se réjouit particulièrement du grand nombre de vocations sacerdotales. Trente jeunes hommes du diocèse de Maroua-Mokolo se préparent actuellement à la prêtrise. Cette année, Mgr Ateba Edoa a déjà pu conférer deux ordinations sacerdotales, et à la Toussaint, il conférera l’ordination diaconale à trois jeunes aspirants à la prêtrise.

Et il a encore plus de choses réjouissantes à raconter : malgré tous les problèmes avec Boko Haram, Mgr Ateba Edo affirme ravi qu’il existe un « merveilleux dialogue » avec les musulmans. De nombreux enfants musulmans – parmi eux même les fils et filles de chefs religieux – fréquentent des écoles catholiques. « Les musulmans normaux sont contre Boko Haram », assure-t-il.

Tous les jours, après la sainte messe, les fidèles catholiques prient que Dieu leur accorde la paix. La situation s’est déjà un peu améliorée, car au moins les exactions armées militaires que Boko Haram commettait dans cette région ont diminué. En effet, l’organisation terroriste a été affaiblie par les interventions militaires communes des troupes armées du Nigéria, du Niger, du Cameroun et du Tchad. « Maintenant, l’espoir des gens repose cependant en premier lieu sur leur foi en Dieu », ne cesse de souligner l’évêque. « Nous mettons notre confiance dans la prière. La prière est notre force. Nous prions parce que nous avons besoin de paix. Et malgré les attentats, nous n’arrêterons pas de nous rassembler et de prier ensemble afin que Dieu nous accorde cette paix ! »

Au Cameroun, l’aide annuelle de l’Aide à l’Église en Détresse s’élève à environ 1,5 million d’euros.

Par Eva-Maria Kolmann

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