Boko Haram étant actuellement jugulé, les agressions islamistes revêtent de nouvelles formes au Nigéria

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L’évêque Charles Hammawa est à la tête du diocèse de Jalingo au Nigéria, dans la partie est du pays, qui porte le nom de « ceinture centrale ». Se chiffrant à 2,3 millions d’habitants, la population se répartit en parts relativement égales de musulmans et de chrétiens, dont 450 000 catholiques, et compte 10 % de personnes appartenant à des religions africaines traditionnelles. Récemment, lors d’une visite à New York, l’évêque a exprimé ses inquiétudes face à ce qu’il qualifie d’attaques « étrangement persistantes » de la part de gardiens de troupeaux peuls musulmans bien armés à l’encontre de paysans chrétiens et face à l’afflux croissant de colons musulmans s’installant sur les terres retirées à ces paysans. Le 5 août dernier, il s’est entretenu avec l’Œuvre internationale de bienfaisance catholique l’Aide à l’Église en Détresse.

Par Joop Koopman, ACN USA

Mgr. Charles Hammawa, diocèse de Jalingo au Nigéria

Mgr. Charles Hammawa,
diocèse de Jalingo au Nigéria

Boko Haram semble être en recul et le nombre d’attaques du groupe est en régression. Cependant, vous évoquez une autre manifestation d’extrémisme islamique avec ces agressions émanant de gardiens de troupeaux peuls à l’encontre de paysans chrétiens.

C’est ce que je crains : que le djihad ne soit en train de s’engager dans une nouvelle voie. On a l’impression qu’il y a un problème entre les gardiens de troupeaux et les paysans. Dans le passé, les choses finissaient par se calmer lorsqu’il y avait des différends. Aujourd’hui, j’observe des cas de gardiens qui ne se contentent pas de laisser paître leur bétail, mais qui s’emparent des terres, tandis que des musulmans venus du Nord viennent s’y installer. Il s’agit apparemment d’une stratégie délibérée pour peupler de musulmans certaines parties du pays et pour peser, du simple fait de la supériorité en nombre, sur les décisions politiques dans la région. Ce n’est pas la violence extrême de Boko Haram, mais une autre manière de s’approprier le Nigéria au profit de l’islam. Cette crise dure depuis trois ans dans notre région. Il est également étrange que les gardiens de troupeaux aient accès à des armes sophistiquées. Il semblerait que les attaques des Peuls, qui ont fait nombre de morts, qui ont détruit bien des communautés et qui ont chassé des milliers de personnes, soient financées.

Les musulmans et les chrétiens sont-ils en compétition dans cette « ceinture centrale » où aucune des deux religions n’a le dessus ?

Ces deux religions aspirent à trouver de nouveaux adeptes. La différence réside dans leur approche respective. Le christianisme recourt à la persuasion à travers le prêche. Pour l’islam, il peut s’agir d’une sorte de contrainte – l’idée étant que si vous voulez accéder à quelque place que ce soit au sein du gouvernement local, vous devez nécessairement être musulman. À titre d’exemple, le bureau des chefs traditionnels se présente comme un bureau d’obédience purement musulmane, ce qui incite certains chrétiens éligibles à se convertir à l’islam.

La maison de catéchètes après l'attaque - Église Sainte Rita.

La maison de catéchètes après l’attaque –
Église Sainte Rita.

À cet égard, quel regard portez-vous sur la politique du président Muhammadu Buhari – traite-il les chrétiens de manière équitable ?

J’ai quelques doutes là-dessus. Il est très prudent et un peu lent lorsqu’il s’agit de condamner la crise liée aux Peuls, par exemple. J’aimerais qu’il réussisse à tenir des propos plus fermes à ce sujet et qu’il prenne des mesures concrètes pour combattre l’extrémisme islamique. Mon inquiétude est la suivante : même si les membres de Boko Haram ont été tués ou attendent encore d’être jugés, il se pourrait que l’organisation se tienne juste à l’écart et que ses membres se cachent à divers endroits. La violence pourrait facilement reprendre de plus belle.

 Quelle est la solution, à votre avis, pour mettre un terme à l’extrémisme islamique ?

Nous ne cessons de répéter que c’est dans le dialogue que doit résider la solution. Mais il faudrait que les parties concernées se présentent à la table de négociation avec le désir véritable de vivre en paix. Il faudrait également reconnaître que bien des membres de base de Boko Haram ont été négligés pendant très longtemps, dans le Nord, par l’élite musulmane. Ces jeunes et ces adultes n’ont pas reçu d’instruction correcte parce qu’on a rejeté l’éducation occidentale ; ils vivent en marge de la société avec le fondamentalisme islamique comme seule formation. Ils sont emplis de rage et n’ont rien à perdre. Entretemps, l’élite musulmane envoie ses enfants faire des études à l’étranger ! Alors qui s’étonne que Boko Haram finisse également par s’en prendre à des chefs musulmans ?

Vos prêtres et vous-même abordez-vous le sujet dans vos sermons ?

Nous évitons d’envenimer la situation. Nous prêchons la paix et la réconciliation. Nous demandons aux chrétiens de ne pas riposter : nous les encourageons tout au plus à assurer leur propre défense ; mais nous ne pouvons pas leur dire de partir au combat, cela irait à l’encontre de l’esprit de l’Évangile. La crainte des persécutions est vive, et bel et bien là, chez les chrétiens ; cela amène certains d’entre eux à faire des compromis ou à cacher leur foi. Ceux qui restent déterminés méritent tout notre soutien.

Les autorités locales comme la police sont-elles d’une utilité quelconque ? Malheureusement, la corruption et les pots-de-vin entravent les efforts déployés dans le domaine de la sécurité. Or, comme vous le savez, la corruption est endémique dans toutes les régions du pays.

Ensemble, avec vous, nous aidons ceux qui sont dans le besoin. Grâce à vous, l’Aide à l’Église en Détresse apporte un soutien aux fidèles partout où ils sont persécutés, opprimés ou en détresse, à travers des informations, des prières et des actions.

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