Au Pakistan, des citoyens de seconde classe

15/02/2010


Alors que tous les yeux étaient tournés vers la catastrophe haïtienne, une autre tragédie se déroulait au Pakistan. Le directeur du bureau de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) pour le Royaume-Uni, Monsieur Neville Kyrke-Smith, dénonce cette situation.

Neville Kirk-Smith.JPGMonsieur Kyrke-Smith (photo) a dénoncé « l’épouvantable » souffrance des chrétiens du Pakistan à la suite du viol, suivi du meurtre, d’une petite fille chrétienne de 12 ans, Shazia Bashir. Le corps de la fillette présentait des signes de violence et de torture quand elle a été amenée à l’hôpital de Lahore le vendredi 22 janvier dernier, mais les docteurs ont été incapables de la sauver. Les parents de la fillette indiquent que, durant plusieurs jours avant son décès, ils ont été empêchés de la voir.

« Comme dans tant d’autres parties du globe, les chrétiens sont dégradés, abusés, souffrant épouvantablement d’être considérés comme des étrangers, les plus bas des plus bas [dans la société], ou sont associés à l’Occident », estime le directeur britannique. « Ils ne se sentent pas protégés – et un cas comme celui-là démontre bien le besoin de notre action et de notre solidarité. »

Les propos de Monsieur Kyrke-Smith font suite aux déclarations du président de la « Commission Justice et Paix » lors de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan, Mgr Lawrence Saldanha, archevêque de Lahore, et de son secrétaire exécutif Peter Jacob. Dans leur déclaration, ils « insistent » sur le fait que cet incident n’est pas un acte de violence isolé, mais que cette servante de maison a fréquemment souffert d’une extrême violence. De multiples rapports indiquent d’ailleurs que les filles chrétiennes provenant des familles les plus pauvres sont plus sujettes à êtres abusées physiquement ou sexuellement par leurs employeurs.

En interview auprès de l’Agence de presse Vaticane FIDES, Francis Sada, directeur du Centre d’Étude chrétienne de Rawalpindi, a commenté ainsi les événements : « Les chrétiens dans la société, spécialement les familles les plus pauvres, souffrent de toutes les formes de violence et de brutalité. Nous avons rapporté une série de cas, tous appuyés par des témoins », a déclaré M. Sada. « La police et le gouvernement n’en font pas trop pour nous protéger, et plusieurs cas finissent dans l’impunité. »

Le salaire de la petite Shazia permettait de soutenir ses parents et son grand frère de 18 ans. Son revenu était de 1 000 roupies Pakistanais par mois, l’équivalent de € 8,80.

Chrétiens au Pakistan.JPGL’an dernier, l’AED avait mis en lumière les terribles conditions endurées par les chrétiens pakistanais – particulièrement la menace créée par les lois sur le blasphème. L’organisme avait alors exprimé son soutien continu pour les chrétiens du pays. « Les droits humains et la dignité des chrétiens du Pakistan sont constamment bafoués », estime encore Monsieur Kyrke-Neville. « Ce cas terrible montre le besoin de l’Aide à l’Église en Détresse pour intensifier notre soutien aux communautés chrétiennes du Pakistan et pour mettre de la pression sur le gouvernement », conclut-il. 

Depuis lors…

Initialement, la police a refusé d’accepter quelques plaintes que ce soit concernant le cas de Shazia Bashir, mais des chrétiens et des musulmans ont protesté pendant trois heures devant l’Assemblée du Punjab, le 23 janvier, demandant une action policière dans ce dossier.

Des milliers de personnes ont assisté aux funérailles de la fillette le lundi 25 janvier à Lahore. Parmi eux, des évêques appartenant à d’autres confessions chrétiennes. Le jour suivant, son ancien employeur, « un puissant et fortuné avocat musulman de Lahore » (Asianews.it), Chandry Naeem, a comparu devant la Cour dans le cadre du décès de la fillette. Le juge a ajourné l’audience au mercredi 3 février. La Cour a ensuite partiellement accédé à la requête du responsable de l’enquête, Ashgar Ali, de garder l’accusé incarcéré pour une durée quatre jours.

Naeem est l’ancien président du Barreau de Lahore. Selon l’agence Asianews.it, le Barreau « a lancé des menaces de mort et d’empêcher l’entrée à la Cour », à quiconque tentera de défendre le cas de la petite Shazia. Une « nouvelle forme de terrorisme », ainsi que l’ont dénoncée plusieurs associations chrétiennes.

Selon le Pakistan Christian Post (PCP) du mardi 9 février, « Docteur Nazir S. Bhatti, président du Pakistan Christian Congress (PCC : Congrès chrétien Pakistanais), a appelé Mgr Timoteo Nasir, de l’Église Presbytérienne du Pakistan. Figure respectée des chrétiens de toutes confessions dans son pays, il est modérateur de l’Église Presbytérienne Unie du Pakistan, canoniste et juriste, ainsi que recteur du Séminaire Théologique de Gujranwala, au Punjab.
Mgr Nasir « a assuré qu’ayant fait des études en Droit, il « pourra donc porter le cas de la petite Shazia devant la Cour. »

Par John Newton, AED Royaume-Uni et Mario Bard, AED Canada
Traduction : Mario Bard, AED Canada

 

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La Cour Suprême de Lahore, au Pakistan. (Photo en bannière: © CNS photo / Athar Hussain - Reuters)