30/03/2010
Stepan Sus a 29 ans. Ce jeune ukrainien a été ordonné prêtre en 2005. Il avait auparavant étudié la philosophie et la théologie au Séminaire du Saint-Esprit de l’Église gréco-catholique de Lviv-Rudno, plutôt, au séminaire provisoire qui existait avant l’achèvement du nouveau lieu de formation.
C’est l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qui a soutenu de façon déterminante la nouvelle construction du Séminaire du Saint-Esprit. Dès le début des années 90, tout juste après la chute du Mur de Berlin, le père Werenfried, avait promis de l’aide à l’Église gréco-catholique – et a tenu parole. Été 2005, après quatre ans de travaux de construction, le bâtiment provisoire utilisé jusqu’à présent a pu être abandonné, et le nouveau être inauguré ; avec 203 places, c’est aujourd’hui le plus grand séminaire d’Ukraine.
Entre-temps, le Père Stepan (photo à gauche), a été chargé, par l’archevêque de Lemberg, de la pastorale de l’académie militaire, la plus grande dans le pays. Pour l’aider dans son travail pastoral, le jeune prêtre peut avoir recours à l’église Saint-Michel qui se trouve sur le terrain de l’académie. Elle date du 19e siècle. À l’époque soviétique, le bâtiment servait de salle de réunion. Après l’indépendance de l’Ukraine dans les années 90, il a été restitué à l’Église gréco-catholique. Bien qu’elle soit en principe ouverte à toutes les confessions, ce sont surtout des catholiques qui viennent aujourd’hui à l’église, mais pas uniquement. Quand il était étudiant, le Père Stepan s’était efforcé, avec d’autres, de réparer le bâtiment. Aujourd’hui, c’est ici qu’il célèbre régulièrement la messe, prêche et baptise.
Cela fait longtemps que les soldats ont appris à les apprécier, lui, ainsi que les six prêtres et le diacre qui travaillent ici – d’autant plus que les jeunes prêtres savent aussi se défendre sur un terrain de football ! Le scepticisme initial de certains soldats à l’égard de ces hommes de Dieu, ainsi que de leurs supérieurs, a rapidement cédé le pas à une certaine curiosité, puis à la sympathie. Le Père Stepan est convaincu que l’exemple compte. C’est aussi son expérience: « quand j’étais enfant, un prêtre orthodoxe m’a impressionné par sa manière de vivre. » Par la suite, d’autres se sont ajouté qui, par leur foi, l’ont fortifié jusqu’à ce qu’il veuille devenir prêtre. Par contre, c’était encore le temps de la répression. L’Église gréco-catholique vivait dans les catacombes et l’Église orthodoxe était tolérée, mais pas du tout appréciée.
Aujourd’hui, l’Église gréco-catholique a regagné sa liberté, la pastorale n’est plus refusée à aucune confession. Après l’indépendance, l’Église orthodoxe s’est toutefois scindée en trois ; une Église qui se sent liée au Patriarcat de Kiev ; une autre au Patriarcat de Moscou ; et enfin l’Église orthodoxe ukrainienne autocéphale*. Le désaccord alimente le déchirement d’un pays qui a été soumis pendant des siècles à des changements de dirigeants, de systèmes politiques et d’influences culturelles, et qui cherche encore une véritable unité.
Le Père Stepan décrit ses relations avec les autres Églises comme non problématiques, mais c’est surtout avec l’Église orthodoxe autocéphale et les orthodoxes du Patriarcat de Kiev qu’il a de bons contacts. Les différences pour le jeune prêtre se trouvent surtout au niveau de la compréhension de la pastorale : du côté catholique, on va vers les gens sans attendre que quelqu’un vienne et pose des questions sur la foi. « L’Église catholique est bien plus ouverte », estime le Père Stepan. Par exemple, une initiative en faveur des enfants orphelins a commencé grâce à la pastorale auprès des étudiants. Maintenant, elle est également soutenue par les soldats. Environ 50 volontaires s’occupent régulièrement de plus de 300 orphelins.

Les soldats visitent les orphelins le jour de la Saint-Nicolas : quand l’Évangile devient concret. © AED
Le père Stepan nous dit : « Les jeunes chrétiens voudraient donner un foyer et la chaleur d’une famille aux enfants qui n’ont pas de parents ou – pour quelque raison que ce soit – ne peuvent plus habiter chez eux. » L’initiative s’est rapidement répandue. Pour beaucoup de volontaires, ce service du prochain est une manière tout à fait concrète de vivre et de témoigner de sa foi ; certains participants y ont même trouvé la foi pour la première fois, aidés par l’engagement des autres.
Avec les autres pasteurs, le père Stepan, qui enseigne également la philosophie à l’académie militaire, consacre avant tout son temps à la pastorale des soldats. Comme la foi chrétienne était persécutée et réprouvée à l’époque soviétique, beaucoup de gens n’ont que des connaissances rudimentaires de la foi, ou n’en ont pas du tout. Aujourd’hui, les soldats se rassemblent régulièrement pour la catéchèse et pour célébrer ensemble l’Eucharistie, ou encore ils se rencontrent dans des groupes de prières. Par ailleurs, les prêtres proposent également des cours d’instruction religieuse aux familles des soldats et 35 séminaristes les soutiennent dans leurs efforts. Tout ce travail pastoral mène à d’heureuses conséquences: les soldats trouvent la foi et se font baptiser. De plus, quatre jeunes hommes ont entre-temps quitté l’armée pour entrer au Séminaire du Saint-Esprit, afin de devenir prêtres !
Par Reinhard Backes, AED International

Les aumôniers qui travaillent au Centre d’aumônerie militaire, de gauche à droite :
père Yulian Shezemeta, père Taras Mychalchuk, père Stepan Sus,
père Bohdan Grushevsky et père Roman Dovgan.
Tous de jeunes pères! © AED
Pour mieux comprendre :
*Autocéphale : Église chrétienne, relevant du christianisme dit oriental, dont la théologie comme l'ecclésiologie est réglée en fonction de son adhésion à deux, trois ou sept des conciles christologiques et qui jouit d'une indépendance totale, sur le plan juridique comme sur le plan spirituel, par rapport à une quelconque autorité. (source : Wikipedia.org)
* L'autocéphalie (du grec autoképhalos, « qui est sa propre tête ») est le régime canonique qui règle les rapports institutionnels existant entre les diverses Églises sœurs dont se compose l'Église orthodoxe. Deux traits caractérisent ce régime : le refus d'une primauté de juridiction qui s'étendrait à l'Église universelle et la détermination autonome de la vie des Églises à l'échelon national. Les Églises autocéphales ne se reconnaissent donc pas de chef commun visible, le Christ seul étant leur chef invisible. Se gouvernant synodalement, sous la présidence d'un patriarche ou d'un métropolite, chaque Église autocéphale règle elle-même l'ensemble de sa vie dans le cadre d'une foi, d'usages liturgiques et, en principe, d'une discipline canonique qu'elle partage avec l'Église entière. Les relations mutuelles, bilatérales et panorthodoxes, entre ces diverses Églises, entraînent au minimum l'admission réciproque de leurs membres à l'eucharistie, ou leur exclusion, en cas d'excommunication, ainsi que l'inscription des chefs des autres Églises dans les diptyques, dès l'annonce de leur élection, pour en faire mémoire au cours de la liturgie. (source : www.universalis.fr)
