Nuit soudaine à Port-au-Prince

01/06/2010

 

Du haut de Pétionville, nous voyons en bas la capitale haïtienne. Dans la nuit, monte à nos oreilles la rumeur des enfants qui jouent, de la musique, du bruit des casseroles qu’on agite. Difficile de croire qu’ils y sont si nombreux puisque, dans l’obscurité, on ne voit qu’une lueur ici et là. Très peu peuvent se permettre d’avoir un groupe électrogène. La nuit tombe à peine et déjà on espère le lever du jour.

Nous sommes arrivés environ 100 jours après le tremblement de terre de janvier 2010 pour évaluer la situation à Port-au-Prince. Encore aujourd’hui, des centaines de milliers de personnes vivent sous tente ou sous des bâches. Il y a des abris improvisés et des classes de fortune partout dans la ville. Tous espèrent que c’est un mauvais rêve, mais savent, résignés, que cela est bel et bien devenu leur réalité. Ce n’était peut-être pas idéal avant le séisme, mais tous aimeraient revenir à cet état des choses qui semble maintenant un rêve inaccessible.

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Marie-Claude Lalonde, directrice de l'AED/Canada, en visite dans les classes surchauffées des tentes de l'UNICEF - une situation qui doit être la plus provisoire possible. (Photo © AED)

Cette ville qui les a vus naître et grandir a connu la mort. Le père Hans et sœur Isa l’ont vu de près. Ils ne savent pas pourquoi la mort a pris des collègues, des amis, des connaissances, mais pas eux. Leur explication : « le Seigneur sait pourquoi je suis ici, moi, je ne le sais pas ».

Le Père Hans était en retard de quelques minutes pour une réunion qui se tenait chez lui, au presbytère. Ça lui a sauvé la vie. Dans sa maison sont morts les douze participants à cette réunion, des ministres extraordinaires de la communion. La maison et l’église sont détruites, il n’en reste qu’un amas de débris. Le Père Hans a alors dû dormir un mois durant dans sa voiture faute d’un meilleur endroit. Soeur Isa, elle, a dépoussiéré sa formation d’infirmière pour assister les médecins dans les rues, souvent en plein soleil et sous les flashs des caméras fixant pour toujours la douleur du moment.

We need help H.JPGAujourd’hui, la ville chemine et espère sans savoir vraiment quoi. Les gens vivent et déambulent dans la rue sans qu’il y ait un signe de normalisation de la situation. Il est difficile d’évaluer la situation actuelle vu l’ampleur du désastre et encore plus difficile de savoir de quoi sera fait l’avenir. Les débris encombrent les rues presque comme si le séisme était survenu hier : le palais présidentiel, la cathédrale et l’ambassade française sont dans le même état que le 13 janvier dernier. Il n’y a pas de signes clairs, ni même discrets, d’une reconstruction prochaine.

Dans les rues, les petits commerces offrent des médicaments, des rations sèches et divers objets usagés en s’installant pour vendre là où il n’y a pas si longtemps se tenaient une façade, une cuisine ou encore une chambre.

Les tap tap, les autobus populaires, décorés de manière criarde avec leurs couleurs vives, sillonnent les rues, sans pudeur, à travers les édifices éventrés qui jonchent le sol mètre après mètre. C’est maintenant la vie quotidienne.

Le gouvernement haïtien a admis la possibilité de 300 000 morts. Ce sont les cadavres déjà récupérés. Il n’y a pas de calcul exact, mais nous avons entendu maintes fois que 100 000 corps pourraient encore se trouver dans les décombres. Comme pour confirmer ces rumeurs, le directeur de l’hôpital St-François-de-Sales, le père Vital Mede, reconnaît que dans les décombres de son hôpital, il reste une quarantaine de corps de patients et de visiteurs à récupérer, mais il ne peut être certain du nombre.

Église en ruines H.JPGEntre les restes des ministères, des dispensaires, des églises, des écoles ou des petites maisons, les gens ont appris à engourdir la douleur du deuil des morts sans sépulture. « Plusieurs n’ont pas encore eu le temps de pleurer ceux qui sont partis », nous raconte la supérieure générale des Filles de Marie, la congrégation qui a perdu le plus de religieuses dans le séisme.

À travers tout ça, les gens ont tout de même rencontré Dieu. « Merci Seigneur », chantent des personnes rassemblées devant les décombres de l’église du Sacré-Cœur. Mais pourquoi? Quand nous avons osé la question, une mère nous a répondu : « Mais pour le don de la vie, parce que j’avais 4 enfants, 2 sont morts, les 2 autres qui sont vivants, sont ici avec moi, alors comment ne pas rendre grâce à Dieu? »

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Javier Fariñas en compagnie de jeunes haïtiens issu du camp provisoire établi dans le Golf Club de Pétionville. 45.000 personnes ont été relogées ici. (Photo © AED)

 

Javier Fariñas / AED Espagne (trad. M-C Lalonde, directrice AED Canada)
 

Haïticampagne 2010 (2).jpgAidez pour la reconstruction de l'Église d'Haïti!

 

 

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Photos avril-mai 2010 © AED