02/04/2010
Le Nigeria est un pays complexe : des centaines de langues et des centaines de groupes ethniques pour une seule nation de 140 millions d’habitants. Le territoire se divise politiquement en 36 États fédéraux. Deux confessions religieuses, qui ont presque toutes les deux la même taille, dominent le pays : celle des chrétiens et celle des musulmans.
Leur cohabitation n’est pas exempte de tensions. Un exemple : plusieurs villages de l’état fédéral du Plateau, au sud de la capitale Jos, ont été attaqués par surprise début mars. Les agresseurs sont des Fulani musulmans, des nomades qui vivent de l’élevage; les victimes sont des paysans de l’ethnie des Berom, qui sont majoritairement chrétiens. Ils ont littéralement été massacrés. Il est question de centaines de morts et de blessés.
Toutefois, il n’y a pas de chiffres fiables. Il est probable que l’attaque soit une réaction aux excès de violence de janvier 2010 à Jos. Mgr Ignatius A. Kaigama, archevêque de Jos, a déclaré à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que les causes n’étaient pas de nature religieuse, mais sociale, ethnique, économique et politique – un mélange de motifs et d’intérêts les plus divers. Pour beaucoup, la religion n’était qu’un moyen d’attiser les tensions et d’imposer des changements.
De nouveaux prêtres pour l’annonce de demain
Tandis que la violence fait les manchettes, on mentionne plus rarement les points positifs. Le Bigard Memorial Seminary,
séminaire catholique d’Enugu, la capitale de l’État fédéral du même nom, au sud du pays, en est un bel exemple. Près de 4 000 prêtres y ont été formés en un peu plus de 75 ans. Ils ont eu et ont encore une activité pastorale non seulement au Nigeria, mais également bien au-delà des frontières nationales – jusqu’en Europe.
Actuellement, plusieurs centaines de séminaristes issus des différents diocèses du Nigeria vivent à Bigard. Leur centre de formation, qui est soutenu financièrement, entre autres par l’AED, s’appelle Bigard en souvenir de Jeanne et Stéphanie Bigard qui avaient fondé en 1889 l’Œuvre pontificale de Saint-Pierre Apôtre. Les deux Françaises, la mère et la fille, étaient convaincues que dans les pays de mission, seul un clergé autochtone est en mesure de développer une église locale autonome. Jeanne et Stéphanie Bigard ont consacré toute leur fortune à cette tâche. Elles ont incité l’utilisation de la richesse culturelle des traditions locales pour annoncer la Bonne Nouvelle et ont soutenu la formation des prêtres.
Jusqu’à aujourd’hui, au Bigard Memorial Seminary, on répond encore à cette intuition des Bigard. Le recteur du séminaire, Fada Ukoro Theophilus Igwe (photo), souligne que le nombre élevé de candidats ne diminue pas la qualité de leur formation. Les séminaristes sont soigneusement choisis et celui qui se sent appelé à la prêtrise est d’abord « éprouvé » pendant une année dans son diocèse d’origine. Cela consiste en un temps de vie communautaire avec prière quotidienne et célébration de l’Eucharistie. Au séminaire, ces deux points sont également cultivés – et cela pendant toute la durée des études, qui comprend quatre années de philosophie et de théologie. Ce n’est qu’alors qu’un séminariste peut être ordonné prêtre, indique le recteur, qui a lui-même étudié la philosophie en Belgique, à Louvain-la-Neuve, et a passé un doctorat sur les notions de « rationalité communicative » (Communicative Rationality) et de « démocratie délibérative » (Deliberative Democracy) chez Jürgen Habermas.
Par conséquent, ce prêtre de 48 ans enseigne aussi la philosophie au séminaire. Tout comme les autres professeurs, il travaille en paroisse et ne touche pas de salaire pour cela : « Notre rémunération : un logement gratuit et de la nourriture gratuite dans des salles à manger communes. » Une pauvreté matérielle qui nécessite que l’AED soit présente auprès de ces hommes en formation, eux qui portent l’avenir d’une Église en pleine expansion, appelée à répondre au défi du dialogue.
Par Reinhard Backes, AED International
