Pakistan: pour que justice soit rendue!

29/07/2010

 

Déterminé à ramener la paix après les derniers actes de violences contre les chrétiens au Pakistan, Mgr Joseph Coutts, évêque de Faisalabad, a lancé un appel lundi pour que justice soit rendue dans le cas des deux frères chrétiens qui ont été tirés à bout portant la semaine dernière, face à un tribunal bondé. Ils étaient alors sous escorte policière.

Les allégations au sujet de Rashid et de Sajid Emmanuel – 32 et 30 ans – selon lesquelles ils étaient coupables d’avoir grossièrement insulté le prophète Mahomet, ont été rejetées par Mgr Coutts qui fait plutôt un lien avec les extrémistes, prompts à fomenter la violence et la haine antichrétienne.

L’assassinat des deux jeunes hommes devant un tribunal de Faisalabad, le lundi 19 juillet, a déclenché une vague de tension et de violence dans la ville du Punjab ainsi qu’aux alentours. Dans le quartier où habitaient les deux frères, Waris Pura, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule en colère et les chrétiens catholiques et protestants ont dû fuir les attaques des jeunes qui jetaient des pierres contre leurs églises.

Mgr Coutts a souligné auprès de collaborateurs de l’AED que justice doit être rendue pour les familles endeuillées des deux frères qui sont morts en « violation flagrante de la loi ».

Les deux hommes ont été tirés à bout portant alors qu’ils étaient escortés par trois policiers à travers une foule, dans l’enceinte du tribunal où ils étaient sous enquête pour avoir insulté l’Islam. Au Pakistan, ce geste est punissable de la peine de mort ou de l’emprisonnement à vie, selon les dispositions controversées de la loi pakistanaise sur le blasphème (cf. pétition contre cette loi en cliquant ici).

« Nous demandons maintenant justice – l’arrestation des tueurs », a indiqué à l’AED Mgr Coutts. « Ces hommes ont été tués en public, il y avait beaucoup de témoins, en plus des trois policiers. »
« Ça ne devrait pas être difficile d’appréhender la personne qui les a tués. Nous devons continuer à garder la pression pour que justice soit rendue », estime l’évêque. « Les autorités seraient très heureuses de pouvoir fermer le dossier et de laisser faire », ajoute-t-il.
Selon ce que Mgr Coutts a indiqué à l’AED, des progrès ont déjà été faits avec la suspension d’un des policiers qui gardaient les deux jeunes hommes au tribunal, la promesse d’une enquête judiciaire concernant leur mort et une possible compensation gouvernementale pour les personnes dont la maison et le gagne-pain ont été endommagés dans la violence survenue dans le quartier de Waris Pura.

Selon Mgr Coutts, il y aurait au Pakistan un mouvement [général] visant à attiser la haine antichrétienne. L’évêque lie même ces extrémistes aux allégations selon lesquelles les frères Emmanuel ont écrit un document dénigrant le prophète Mahomet et louant les vertus du christianisme. Le document contient les coordonnées des deux frères.

Créer le chaos pour détruire tout dialogue

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Soulignant à nouveau l’innocence des deux jeunes hommes, Mgr Coutts indique : « Ça aurait été suicidaire pour eux de faire une telle chose, que d’écrire un tel document. Il a été produit pour leur créer des ennuis », estime-t-il.

Clarifiant des informations antérieures, Mgr Coutts a expliqué que la police était en train d’enquêter sur les allégations lorsque les frères ont été tués, mais qu’aucune accusation n’avait été portée. D’ailleurs, des résultats sont toujours attendus concernant des tests de laboratoire sur l’écriture qu’on retrouve dans le document.
Concernant la signification que peuvent avoir les récentes activités militantes, qui ont culminé par des attaques sur un sanctuaire musulman sacré de Lahore, Mgr Coutts indique qu’ « Il y a des fanatiques qui veulent créer le chaos et essaient de semer la confusion. Ils pourraient être derrière ce que nous avons vu ces derniers jours. »

L’évêque a également indiqué qu’il redoublait d’efforts pour rétablir les relations entre musulmans et chrétiens, lesquelles étaient déjà sous tension à la suite des violences de l’an dernier dans la ville de Gojra (Punjab) – dans lesquelles huit chrétiens avaient été tués (1er août 2009). « Nous avons observé une fracture des relations entre chrétiens et musulmans. Les gens sont très nerveux. Ils sont sur des charbons ardents. »

Mais selon Mgr Coutts : « Le réel problème, c’est que le fanatisme que nous observons représente les vues et les actions d’une minorité, et cela réduit au silence la voix de la majorité. »

Mgr Coutts travaille côte-à-côte avec des politiciens d’expérience et des responsables musulmans pour restaurer les liens brisés. En terminant son intervention, il a donné à l’AED l’exemple d’une amélioration dans ce processus quand, la semaine dernière, à la prière du vendredi (23 juillet), les Imams de Faisalabad ont calmé la population, parlant en faveur de la tolérance et de la dignité humaine.

Par John Pontifex, AED Royaume-Uni
Adaptation : Mario Bard, AED Canada

 

 

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Mgr Coutts