Soudan: Est-ce que la voix du peuple sera entendue?

23/04/2010

 

Des allégations de tricheries lors des élections au Soudan pourraient déclencher un affrontement politique majeur, alors que les inquiétudes sont de plus en plus grandes que le vote, tel qu’il se déroule présentement, puisse compromettre le processus démocratique. Se référant à des informations concernant de mauvaises pratiques électorales et de cas d’incompétences, ainsi qu’au retrait de dernière minute de partis et de candidats, Mgr Daniel Adwok Kur, évêque auxiliaire de Khartoum, la capitale, est d’avis qu’il y a un danger que la population perde confiance dans le processus électoral.

Mgr Adwok - Soudan.JPGEn entrevue avec Aide à l’Église en Détresse, Mgr Adwok  (photo) a souligné la quantité de plus en plus importante d’informations non confirmées qu’il reçoit, provenant de plusieurs régions du pays, qui l’informent de l’organisation déficiente des bureaux de vote, déficience également observée pour l’enregistrement des électeurs. De plus, des cas d’intimidation et d’autres irrégularités incluant du trucage (‘vote-rigging’) par le National Congress Party, le parti présentement au pouvoir à Khartoum, ont été rapportés. « Les informations d’irrégularités font en sorte que l’on se demande si, à la fin, ces élections pourront être qualifiées de ‘libres et impartiales’. »
Le vote a débuté ce dimanche 11 avril mais les résultats ne seront pas connus avant la semaine prochaine. Ce scrutin national est le premier tenu au Soudan depuis 1986, et est vu comme une étape cruciale précédant le référendum qui doit se tenir en janvier prochain, et lors duquel la population du sud pourrait choisir de créer son propre pays.

Mgr Adwok est très inquiet que ces élections ne passent à côté des recommandations pour le développement politique du pays contenues dans l’accord de paix de janvier 2005 – le CPA (Comprehensive Peace Agreement).

Mettant un terme à plus de 20 ans de guerre civile, l’accord a mis en place une gouvernance temporaire partagée entre le gouvernement islamique basé à Khartoum et les rebelles du Sud réunis sous la bannière de l’Armée de libération du peuple soudanais (SPLA). Insistant sur l’importance des élections comme étant une composante du processus vers la possible sécession du Sud-Soudan, Mgr Adwok a déclaré : « Il est sûrement juste de se demander si, oui ou non, ces élections peuvent vraiment apporter à la population le changement démocratique promis par le CPA ». Mgr Adwok estime qu’il est fort possible qu’il y ait « des tensions » et « même de la confrontation » entre les partis. « L’équité électorale sera certainement remise en question. »

Soulignant que le retrait de candidats a été un énorme revers pour plusieurs électeurs, il ajoute : « Pour nous dans le nord, il semble qu’il y ait eu un manque de candidats ayant la volonté de promouvoir une vision du Soudan qui soit multiculturel, le multilingue, multiracial, de multiethnique et multi-religieuse, comme le déclare la constitution intérimaire. La population veut de l’unité dans la diversité ».

Plusieurs personnes ont été consternées quand le SPLM, le Mouvement pour la libération du peuple soudanais, a retiré ses candidats. « Après que le SPLM se soit retiré, la population de Kosti , y compris les chrétiens, s’est demandée "Qu’est que nous faisons?". »

Par contre, il a insisté pour dire que, malgré les revers, la population est déterminée à voter. « L’attitude de la population est un signe vraiment clair qu’ils veulent ces élections », affirme Mgr Adwok. « Ils veulent vraiment qu’une transformation démocratique soit mise en place. Au nord, ce changement vient après des années de dictature militaire. Au sud, la population veut la liberté de décider de sa destinée dans le cadre des élections référendaires de 2011 », explique encore l’évêque auxiliaire.

En dépit des inquiétudes d’un cafouillage politique majeur après les élections, Mgr Adwok a le sentiment qu’un retour au conflit d’avant est improbable, du moins pour l’instant, indiquant que le vrai test viendra en janvier prochain avec le referendum qui pourrait mener à la sécession du sud. « Cette élection est comme une étape avant le référendum. Celle-ci nous rendra capables de voir, pour nous-mêmes, la performance de ces candidats qui ont été élus, dans la perspective [du référendum] de janvier prochain », conclut Mgr Adwok.

Par John Pontifex, AED Royaume-Uni (trad. Mario Bard)
 

 

 

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Des files de longue attente, lors d'élections au Soudan. (© laprovence.com)