26/05/2010
De par sa superficie, la Fédération de Russie constitue aujourd’hui l’État le plus vaste de la planète. Depuis la fin de l’Union Soviétique, la fédération subit d’énormes modifications politiques, économiques et sociales. Alors que les Églises chrétiennes étaient persécutées à l’époque communiste, elles sont aujourd’hui officiellement reconnues et à nouveau libres de tenir leurs activités pastorales. Rencontre avec deux prêtres, dont l'un réside en Belgique actuellement.
L’oppression brutale – des milliers et des milliers de fidèles sont morts en martyrs – a été suivie par la réhabilitation. Par contre, l’idéologie communiste a laissé ses traces. Andrey Eliseev, prêtre orthodoxe né en 1979, dit à propos des changements dans sa patrie : « Je suis né dans un autre pays. » Et Vadim Shaykevich, prêtre catholique né en 1972, ajoute : « Les Églises sont certes reconnues comme une réalité nouvelle, mais elles sont quand même confrontées à de grands défis. » Lors d’une visite au bureau international de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) en mars 2010, les deux ecclésiastiques ont parlé des nouveaux départs et des dissonances au sein de leur patrie.
Andrey Eliseev et Vadim Shaykevich sont nés à Moscou, la capitale. Vadim a été ordonné prêtre en 1997 et est actuellement prêtre à Kaliningrad. La paroisse catholique dans cette enclave russe est en pleine croissance et la majorité des fidèles ont des racines polonaises ou lituaniennes. Pour sa part, Andrey dirige depuis 2004 la paroisse orthodoxe d’Anvers. Il a été ordonné trois ans auparavant.
Vadim et Andrey, signes de dialogue entre catholiques et orthodoxes, signes de la nouvelle Russie. © AED
En Russie, l’Église orthodoxe, qui repose sur une tradition plus que millénaire, est socialement acceptée, mais elle est reconnue « comme une réalité nouvelle » par le monde politique qui la traite favorablement. On discute actuellement de la réintroduction de l’enseignement religieux à l’école en tant que matière régulière intégrée au cursus des élèves. « La moitié du pays s’est convertie. Des millions de personnes sont revenues à la foi. Les gens réclament à nouveau leurs racines chrétiennes », affirme Andrey. Alors qu’à l’époque soviétique il n’y avait que trois monastères qui étaient ouverts, il y en a maintenant 400. Les fidèles ont désormais accès à 30 000 églises au lieu de seulement 3 000 à l’époque soviétique. À cela s’ajoutent deux académies de théologie, 30 séminaires et 27 écoles dites « spirituelles », qui préparent également les jeunes hommes au sacerdoce. Le pays a besoin de responsables pastoraux et de professeurs de religion.
Par contre, d’après Andrey, tout cela n’est qu’une partie de la réalité : les conséquences de l’ère communiste se font encore sentir. « Le pays est en fait fortement sécularisé », indique-t-il. Les familles sont détruites ou menacées de destruction. L’évolution sociale et démographique de la société n’apparaît pas comme très bonne. Vadim confirme cette vision : « Oui, beaucoup de gens vivent sans orientation ni repère. » Pour les Églises, c’est un défi que d’évangéliser. Beaucoup de gens n’ont même pas de connaissances élémentaires de la foi.
Le prêtre catholique de 38 ans considère qu’actuellement, les relations entre les différentes confessions chrétiennes – en particulier entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique – sont bonnes, même si elles ne sont pas dépourvues de tensions et de malentendus. Il y a toujours eu des divergences et des rapprochements, ayant souvent des motivations strictement politiques. « Aujourd’hui, nous espérons l’unité des Églises », déclare Vadim.
Son confrère orthodoxe confirme ce désir. Andrey considère que les raisons de la séparation se trouvent surtout au niveau de la différence des mentalités. Entre le Patriarche Kyrill Ier de Moscou et le Pape Benoît XVI, il y a un accord de principe concernant des contacts plus étroits entre les Églises. Une bonne nouvelle pour ceux qui croient au dialogue et à l’œcuménisme, comme Andrey et Vadim. À quand la rencontre de ces deux grands responsables? Des spécialistes osent mentionner l’année 2010 : l’avenir nous le dira!
Par Reinhard Backes, AED International (trad. Mario Bard - AED Canada)
